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Hugo et Martin
C’est l’histoire de Hugo et de Martin.
Martin interroge Hugo et, en fonction de ce que celui-ci lui dit il réfléchit.
Te crois-tu un homme libre ? lui demande-t-il.
Bien sûr, certainement, répond Hugo, je me sens au fond de moi aussi libre qu’un homme peut l’être. Oui, Martin, sur cela au moins je suis sûr.
Martin a un sourire drôle.
Hugo lui en demande la raison.
Si je te disais, il lui dit, que d’ici ce soir je t’aurais démontré au moins à dix reprises que tu n’es pas libre, qu’en diras-tu ?
Hugo riait franchement, il aimait les défis.
Il savait qu’en étant, ne serais-ce un peu plus vigilant qu’à l’habitude, Martin ne serait pas capable de le prendre en défaut sur l’authenticité de sa liberté.
D’accord, j’accepte, il lui répond, de l’ironie mêlée au défi.
Sur cela, ils entrent tout deux dans un bar et commandent à boire.
Tu vois, dit Hugo, malgré mes menaces d’ulcères, je suis suffisamment libre pour prendre plaisir à boire un bon calva.
L’autre ne dit rien, il boit son café.
Au quatrième calva d’Hugo, ils sortent et marchent dans la foule et dans la rue.
Klaxons, bruits de ville et de pompiers.
Il faut gueuler pour s’entendre ! hurle Hugo.
Le quartier s’apaise et devient moins bruyant, les quelques restaurants qui s’y trouvent sont plus calmes, et on y respire moins d’oxyde de carbone.
Dans l’un d’entre eux ils entrent. Hugo, affamé, commande large, Martin prend une truite aux amandes.
Presque immédiatement le serveur revient et s’excuse : désolé, messieurs, il n’y a plus de lapin-chasseur.
Hugo devient pâle, juste à peine.
C’est bien ma chance ! C’est pas croyable que ça tombe encore sur moi, dit-il, envieux, en regardant Martin manger sa truite.
Et finalement il prend une truite aussi.
Chemin faisant, il tombe une pluie sans prévenir, et ils courent tous les deux s’abriter sous un porche.
Ce temps ! pesta Hugo, pour une fois que je ne bosse pas !
Vint près d’eux à cet instant une jeune femme plutôt bien femme, sous le même porche, en ruisselant comme une gouttière, cheveux collés et visage arrosé.
Tout le monde se sourit. Personne ne dit rien. La pluie tombe.
Alors comme ça continue, Hugo se tourne vers la jeune femme et lui dit dans un sourire : sale temps, hein ?
Elle lui sourit mais ne dit rien.
A ce moment le soleil s’approche, les nuages s’en vont et la pluie cesse.
Au revoir ! se dit tout le monde, et les deux amis partirent encore parler le long de la Seine.
Ne passons pas par là, dit Hugo, après la pluie il doit y avoir de grosses flaques d’eau.
Ils prirent la route et longèrent la Seine, de loin.
Comme il se passe des choses à chaque minute, et bien il se passa des choses à chaque minutes.
Quelques heures ainsi
A la nuit qui arrivait, Hugo planta fièrement son regard dans celui de Martin :
Tu as vu ? Nous allons bientôt respectivement rentrer chez nous, et tu ne m’a pas pris un seul instant en délit de non-liberté !
Tu te trompes, rétorqua Martin, mais plutôt que de parler je préférai te le dire avec des sourires.
Allons bon !
Depuis ce matin je n’ai pas cessé de te démontrer que je fais ce que bon me semble. La preuve !
L’état de ma santé n’altère pas mon désir de boire de l’alcool, et je le fais.
J’organise mon temps comme il me plaît, en fonction de mes disponibilités.
Je suis bien dans mon corps et dans ma tête, mes enfants sont tels que je voulais qu’ils soient, mon métier me plaît, avec ma femme, nous nous aimons et, de plus, comme nos finances vont plutôt bien nous allons nous offrir un voyage ce mois-ci.
Il s’arrête pour reprendre sa respiration.
Mais enfin, Martin, tu vois bien que je n’ai rien d’un prisonnier et que mes actions sont délibérément libres.
Bon, écoute, on va tout reprendre depuis ce matin.
Au bar des amis, tes quatre calvas, c’est parce que tu es libre ou parce que tu as peur ?
Où veux-tu en venir… ?
Dans la ville, parmi les bruits, es-tu obligé de gueuler ?
C’est ce que tu m’as dit, je crois.
Obligé ? Non. C’était une constatation que je faisais.
Aurions-nous pu prendre notre repas sur l’avenue Kléber ?
Certainement pas ! Tu plaisantes ?
Et tu sais aussi bien que moi ce que l’on respire comme air.
Et puis c’est plus sympa quand on choisit.
Tu as choisi ensuite une truite aux amandes ?
Pas vraiment.
Mais c’est qu’il n’y avait plus de lapin-chasseur.
Et ensuite tu as choisi qu’il pleuve ?
Arrête ! Bien entendu que je n’ai pas choisi qu’il pleuve, pas plus que je n’ai décidé de la femme qui est venue s’abriter près de nous.
Cela dit, le hasard fait bien les choses : elle était vraiment mignonne !
Martin ne riait même pas, mais il souriait toujours.
C’est parce que tu la trouvais mignonne que tu voulais lui parler. Ne sachant pas comment t’y prendre, l’impatience aidant, tu as trouvé le silence lourd et tu lui as dit n’importe quoi et pas grand-chose.
C’est vrai, Martin, mais c’est parce que tu me connais bien que tu vois cela.
Tout ce qui est à voir peut être vu, c’est une question de volonté, une question de choix prioritaire.
Bien entendu il en est de même pour tous nos sens, pour peu qu’ils fonctionnent correctement. Alors, déjà, nous avons une volonté interne.
Et plus de choix, je suppose ?
Tu supposes bien. L’amour est très lié à la liberté. Plus tu aimes, plus tu es libre. Et ce n’est jamais qu’en fonction de nos interprétations que dépendent nos choix.
Par exemple, peux-tu être complètement heureux là, tout de suite, dans l’instant ?
Bien, franchement, il me faudra tout de même pas mal forcer pour être béat d’extase. Notre planète ne me porte pas tous les jours à l’optimismes, des tragédies lamentables sont bien d’ici. La vie n’est pas facile !
Et la pollution, et les nourritures empoisonnées, et la fin des éléphants …
Tu m’énerves, Martin !
Alors, pour toi, que reste-t-il d’essentiel ?
Le choix d’être libre.
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