|
T'en souvient-il, Clo, de ces heures merveilleuses?
Amoureux, sous la pluie, et la main dans la main,
Parmi la foule du boulevard Saint-Germain,
Je me sentais léger, je te sentais heureuse.
Du café, des croissants, au Bar des Deux Magots.
Je n'étais pas peu fier d'ainsi te faire voir
Cet endroit fréquenté par Sartre et de Beauvoir
Et humblement par moi, tout jeune parigot.
T'en souvient-il, Claudine, aussi, de la Bastille,
Nous étions attablés au fond d'un caboulot,
Tes paroles, sur moi, se déversaient en flots
Et moi, je me disais: "c'est une jolie fille".
Ensuite Bofinger, brasserie parisienne,
J'admirais tes lèvres toutes nacrées de rose.
Mon amour s'élevait vers une apothéose
Et mon coeur me disait: "c'est fou ce que je l'aime".
Nos baisers! Nos baisers, t'en souvient-il ,chérie,
Sensuels, profonds, somptueux? Ta bouche était la rive
Où la mienne accostait. Nous mêlions nos salives
Et j'oubliais la foule et j'oubliais Paris.
Je n'ai plus désormais qu'une idée, qu'une envie,
Même si, caché par un voile opaque et sombre,
Je n'ai de l'avenir que la vision d'une ombre,
C'est de faire avec toi, peut-être un jour ma vie.
|