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Dans une robe rouge, la jolie jouvencelle
Huée par le peuple de Paris dans les rues,
Traînée sur un chariot, en ce jour de pluie drue,
Cette jeune Normande au regard d’étincelle,
Allait à l’échafaud victime d’un destin
Pour offrir au bourreau de venger la patrie ;
Par Faiseuse de veuve : instrument-boucherie,
Sous les cris de la foule, de ces primaires instincts
Afin de se repaître du funeste spectacle
Du cadavre enfantin qu’on devait leur servir
D’enfant de vingt-cinq ans qu’on devait rétrécir ;
De haine populaire la rue était cénacle.
Impassible la belle, en dépit des injures,
Sous les larmes du ciel, debout les mains liées
Charlotte ruisselait, l’écarlate mouillée,
Dessinait la poitrine de cette fille pure.
Quand sa lame tua Marat dans sa baignoire
Elle fut mise aux arrêts, attendant son procès –
Au temps où jugement entraînait le décès –
Satisfaite du fait d’avoir fait son devoir
D’avoir débarrassé le pays de Marat
Nommé Père du peuple par tous ses partisans –
Sans Corday il n’était qu’un illustre mourant
Une sorte de gale augurait son trépas. –
Les chevaux s’arrêtèrent au pied de l’échafaud,
Charlotte vit l’objet du docteur Guillotin
Erigé-là pour faire et veuves et orphelins ;
Face au destin, face à la mort, face au bourreau,
La belle restait digne, en passant sur la planche
En se couchant, les mains liées, un sein sortit,
Sanson n’y cria gare et la foule se réjouit
De voir de sa victime une poitrine blanche…
Cette descendante de l’illustre Corneille,
Antigone tragique, assassin de Marat,
Pour sûr dans les mémoires à jamais restera ;
Le couperet tomba et revint le soleil.
Joël Heirman
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