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texte tiré de la Revue "Corps Ecrit" no 14, La nuit
Tout un peuple d’abeilles habite le silence, léger comme
une plume ou un flocon de neige, un pétale de rose, une
feuille qui tombe, et tout cela qui vole et ne se pose pas ou
qui, fragile, choit d’un rêve échevelé, puis doucement s’en
vient de ce côté des choses,
tout cela tisse encore la nuit de nos paroles, sais-tu,
c’est elle seule que j’entends désormais : ces mots que tu
disais, ces mots que je disais sans plus savoir nommer ce qui
n’était pas nous. Et c’était peu de dire encore "où allons-nous?"
paroles prolongés…
c’était aux mains des fleurs un beau matin de mai, c’était
une grande aube à danser tout le jour. Et le jour maintenant
n’est-ce pas, murmures, ces mots sans voix, sans toi ni moi,
ces mots gantés de blancs que je sème au silence ?
Illustration 'l'Absence' : Guy Dumoulin /poésie.com 
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