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Ill. Calvet-Rogniat
5- La Cigale partit, la Fourmi en rit.
Mais l'été suivant, son chant lui manqua :
De coeur à l’ouvrage, elle n'en avait pas.
Alors seulement, la Fourmi comprit
Que si la Cigale un peu trop chantât,
C'était tant pour elle que pour tous ceux-là
Qui, à l’écouter, pour faire leur ouvrage,
Trouvaient moins de peine et plus de courage.
D'avoir des remords, il ne fallait point :
Il était trop tard, elle le savait bien.
Mais elle se promit, à l'hiver prochain,
Aux autres Cigales, d’ouvrir grand sa porte,
Et en souvenir de cette amie morte
Leur offrir du feu et un grand festin.
... Quand donc vint la bise, elle agit ainsi :
D'un tiroir secret, on dit même qu'elle prit
Quelques airs anciens qu'elle avait gardés ;
De ses provisions, elle fit un régal
Et, avec les autres, se mit à chanter,
Ce fut, paraît-il, un beau récital !
Ainsi, la Fourmi apprit à donner
Une miette de pain, quelques grains de blé
Et comprit le sens tout particulier
De ce joli mot qu'on nomme : Amitié.
6- Haussant les épaules, la Cigale partit
Dans un coin tranquille, loin de la Fourmi
Et de son archet, se mit lentement
A jouer, pour elle, un air entêtant;
Un voile de notes très chaud et très doux,
Qui en s'enroulant tout à l'entour d'elle
Lui fit un cocon de soie, de dentelles,
Un nid bien douillet, à l'abri de tout
Où notre Cigale, comblée et ravie,
S'endormit bientôt, quand le froid sévit.
7- Avant que l'hiver ne couvre la terre,
La Cigale plia ses quelques affaires ;
Un vol d'oies sauvages qui passait par là,
L'aida à trouver enfin le pays
Où toutes les Cigales dont on ne voulait pas,
De gré ou par force, s’étaient réunies,
Pour jouer enfin leur vraie symphonie,
Et comme elles avaient le meilleur ..."Leader",
Il est évident qu'elle fut en Majeur !
... Ce que la Légende n'avouera jamais,
C'est que la Cigale, quelques fois, pleurait,
Car elle avait dû, pour pouvoir survivre,
Devenir sectaire, comme ses congénères,
Alors qu'elle savait qu'elle aurait pu vivre
Dans ce beau jardin, appelé la Terre,
Si, du moins, Fourmi avait toléré
Juste une petite note de ... frivolité !
8- La Fourmi claqua, de son cœur, la porte.
Cigale sut alors bientôt qu'elle serait morte.
Une dernière fois, elle prit son archet
Et, fiévreusement, se mit à jouer
Pour ne pas sentir le froid l'emporter.
Au petit matin, quand on la trouva,
Elle tenait encor’, dans ses doigts gelés,
Ce trait merveilleux que Dieu lui donna,
Pour une Saison, un matin d'été.
9- La Cigale, vraiment, est d'une naïveté !
Comment a-t-elle pu un instant songer
Que son souvenir effleurerait jamais
L’esprit occupé de cette affairée ? ...
10- Jean de la Fontaine s’est, ici, trompé,
Mais, au XVIIème, pouvait-il savoir,
Que, chez les Cigales, - c’est, d’ores, fait notoire -
Seul Monsieur stridule, quand Madame se tait ?
Et lorsque l'on sait que chez cette engeance,
On ne vit jamais plus d'un seul été,
Quel poids accorder à cette sapience,
Qui confond l'instant avec la durée ?
à suivre ...
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