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Il est des jours où rien ne vient
Pas une rime pas un mot
Pour que s’achève la journée
Comme le vers qui la remplit
Il est des choses confondues
Qui de leurs nœuds forment le nid
De ce qui est le tien le mien
Qui nous assemble et désunit
Il est des chants d’un seul matin
Qui s’éteignent la nuit venue
Comme le papillon du soir
Qui du ciel n’a que les étoiles
Il est des hommes sans regard
Qui passent devant les miroirs
Qui passent sans jamais s’y voir
Et n’ont de vie que leur absence
Il est des gens qui pensent bien
Disent comment les choses vont
Professent une foi ardente
Et nient l’existence du dieu
Il est des raisons indicibles
Il est des mots dits sans raisons
Les gens se perdent dans le droit
Il est des jours nés sans saisons
Je ne retiens de mon enfance
Que l’ignorance de mon être
Si j’ai appris à me connaître
Ce n’est certes pas souvenance
Me voilà traité de vaurien
Par ceux mêlant les biens les maux
Par ceux bêlant que je suis né
Pour approuver quand on m’oublie
Seuls les cochons les plus dodus
De leurs groins dans un même lit
Pour discerner l’homme du chien
Du vivre tuent les harmonies
Quelle est cette ancienne catin
Qui s’éloigne dans la grand’rue
Sa robe traîne son histoire
La dissimule sous ses voiles
Voyez-vous le soir ces clochards
Ces clochards qui s’en vont le soir
S’en vont le soir broyer du noir
Perdus d’avoir quitté la danse
C’est d’avoir le doigt musicien
C’est d’aimer les fleurs en bouton
C’est d’écouter le vif andante
C’est de vouloir que tout soit mieux
Pour les habituelles cibles
Pour tous ceux-ci qui à foison
En la bonté des maîtres croient
Que le silence est ma maison
Je ne garde de mon enfance
Que l’ignorance du connaître
Si j’ai appris ce qui doit être
Ce n’est certes pas par défense.
1974
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