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Il me faut vivre sans vergogne

le jeudi 04 novembre 2004, à 03:54. Posté par Jacques


Il me faut vivre sans vergogne dans ce monde de pudeur
Où les fleurs n’en ont pour longtemps avant de perdre leur odeur
Ce n’est jamais que carnaval où le masque encore se masque
Derrière le visage de l’homme moyen

L’homme moyen terme entre le laurier et entre le casque
Le laurier déchiré du berger et le casque troué
De celui qui à la bagarre éternellement s’est voué
Beaucoup n’ont jamais eu d’espoir qu’en celui du voisin perdu

Voisin perdu puis remplacé Les jours tous les jours sont plus nus
Dans le ciel vois il n’y a plus la moindre place pour les nues
Entre les engins sur orbite entre nos regards étendus
Le soleil même ne parvient à glisser ses rais jusqu’à nous

A force de vouloir savoir nous divisons un peu de tout
Et plus les mots nous sont nombreux et plus savant nous croyons-nous
Et si du ciel nous ne saurons rien en le priant à genoux
Répertorier les étoiles ne développe aucun don

Sans supposer que sous l’objet une âme absente le soutient
Usons notre imagination à trouver des raisons nouvelles
Nous ignorons tout du réel malgré nos lois les plus mesquines
La matière ne suffit pas d’elle nous ne savons rien

Comme l’avait dit Charles Cros la connaissance est un chapeau
Construit patiemment par les mots dont on recouvre le réel
Aller d’une fleur à une autre comme l’abeille butine
C’est le travail recommencé de ceux qui n’ont aucune foi

Ici bas comme on dit rien n’est certain rien De ce que l’homme
A fait de ce qu’il sait de lui de ce qu’il sait sur les fantômes
Multiples de son univers rien ne mérite l’abandon
D’une voix déterminée qui dirait j’y crois

Ah Les mots me mentent Je ne parviens à dire l’important
Je ne dispose que d’eux seuls faits pour que soit un monde faux
Mentir échoit toujours à user du langage
Je le dirai tout en surface si jamais le mot ne vient

Méfions-nous de tout ce qui est enseigné on nous apprend
A répéter non à penser et c’est ainsi qu’est trouvé beau
Un monde où tout est bien réglé sans aucun doute et sans ambages
Soyons un peu les bons derniers aptes à sortir du sentier

Laissons courir ceux qui ne voient les paysages
Foncer comme une brute est l’apanage des doués
Abrutir pour que cela soit est l’espoir des roués
Mais je suis de ceux qui rêvent d’un pays sage.

1974

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