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J’attends chaque jour que le soir sur mes yeux
De son aile légère
Etiole des étoiles la froide lumière
D’un dieu
Et les nuits et les jours passent dessus la somme
De ma vie qui se rêve
Mais pourquoi l’irréel ne laisse-t-il à l’homme
De trêve
Lors serait-ce qu’avoir le soleil pour seul guide
Ne nous suffirait pas
Pour durant notre vie ne pas croiser l’avide
Trépas
Que sont donc la beauté l’amour et la pensée
Sinon la forme vague
De cette frayeur qui ne sera dépassée
- Sans blague !
Que signifie donc vivre sinon encore attendre
L’implacable contrainte
De notre vanité quand la mort vient surprendre
Nos craintes
De trémoussements vains tous nous croyons vivre
Tandis que las s’espace
Le temps berçant nos vies Le temps qui nous enivre
S’efface
Cependant je ne suis qu’un humain
Qui attend chaque jour une main
Pour douce le guider vers des horizons bleus
Où les cieux ne seront que d’immenses yeux
Je sais j’attends en vain que mes illusions
Remplacent enfin ces pays sans visions
Où s’étale l’ennui de peuplades barbares
Prenant pour vérité le leurre de leur art
J’attends aussi le corps merveilleux de ma femme
Dont la souple matière posée contre l’âme
Donne une éternité à sa chaleur humaine
Quelque paix à mon corps qui sur elle se traîne
En rien nous ne trouvons la certitude d’être
Ressentir n’est pour nous qu’un axiome commode
Pour se persuader que l’on peut se connaître
Par delà la douleur sur laquelle on se brode
Autant que je me souvienne
Il n’est rien à quoi l’on tienne
Si ce n’est à l’assurance
De n’être qu’en l’existence
Non peur de mourir mais de n’être pas
Mais pour l’instant j’attends j’entends ton pas.
1971
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