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SAC A VIN
Qu’il est joli mon sac à vin quand je lui tiens la main, c’est du vin de messe ou vin de table…
Et chaque bouchon une romance, chaque pilier une institution, au bar du diaphragme dilaté…
Les bouteilles chantent les vendanges, la lumière, un air d’Offenbach ou de Ravel, olé…
Sac à vin c’est peut-être bien toi qui me ballade, je suis un pirate avec sa jambe de bosquet…
Et je bois à chaque réverbère le contenu d’un camion citerne, je me saoule et je me brûle…
Sac à vin, c’est bien moi, bientôt vingt ans d’urine et de trottoir avec ce petit rouge déluge…
Qu’il a bon train le sac à vin de la rue Blanche, alors qu’il pleure rue du Conservatoire…
Et chaque bouchon me donne raison, je suis un chien vivant, ivre de bon matin, tiens…
Un pochtron un peu poltron, qui mange de temps en temps du potiron et du poivron cru…
Sac à vin, le refrain, mes frères de seins, le terroir à grappiller et l’obésité d’un escalier…
Et je bois à chaque station, debout ou confortable banc de saison, avec mon blanc bavard…
Sac à vin un lendemain d’égout je m’imagine au fond du trou, du rosé et des petits glaçons…
Quel vieux salop ce sac à vin, avec sa dimension de soulaquin, le typhon d’un bon à rien…
Et chaque bouchon me donne du courage, devant le musée de la guerre et de la beuverie…
Un bon con qui cuve des caves, des cuves, du marbre, sa chambrée voûtée, sa toile cirée…
Sac à vin, le dédain des passants réjouis et moi dans mon venin comme un larbin je gerbe…
Et je bois à chaque gorgée je rétorque au vide que je me noie parfois même jusqu’à la lie…
Sac à vin dans une foire je me prends une caisse, dans ma triste rigole les jeux consument…
Quel grand chagrin au pied du comptoir des mégots de cigarettes, la luxure et le cyanure…
Et chaque bouchon se compte, je suis vaillant à la buvette et toujours à l’affût d’un verre…
Un bon trou, un quémandeur sans dent, braqueur de banque, un otage du grand raisin roide
Sac à vin, pour un bout de chemin, il me tient dans mon étiolement de batelier …Hadès rit
Et je bois la marchandise, ce n’est pas cher de tournoyer avec les anges de la destruction…
Sac à vin, c’est bien lui, deux mille ans de décadence baignés dans de la vinasse et du strass…
Quel beau chapelet, les disparus vous tirent dessus, les mille-pattes suintent des globules…
Et chaque bouchon réclame son saut, nous c’est au sceau de la Royale que l’on se dégrade…
Un bon trouble, l’hécatombe d’un samedi, tous plus pleins que mardi, pas besoin de devin…
Sac à vin, magicien de la boisson, receleur d’histoires à dormir debout et de calembours…
Et je bois au vertige de la promenade du vieux supplice, sous ses alcôves la rose antique…
Sac à vin c’est mon devoir, je suis l’ouvrier de mon exagération quand je quitte l’usine…
Quel beau couplet, un va-nu-pieds, un querelleur surnaturel, un emblématique picoleur…
Et chaque bouchon pique l’abstème, le pochard rond corrompt une serveuse recruteuse…
Un vrai alcoolo, dans un bistrot, un intempérant pédant comme un rat domine la ratière…
Sac à vin, un éthylique très dramatique, un ivrogne de la base, ma paie me subventionne…
Et je bois la résurrection de ma matrice, je trinque comme un sourd les ouvertures pures…
Sac à vin, si c’est cela ma fin, si cela doit alors un doigt une larme ne suffiront à lénifier …
Quelle belle toile, chaque vin son orgueil, chaque insolence son piment et la florescence…
Et chaque bouchon a la casaque, le poivrot acquiert la bénédiction et le sang du christ…
Un vrai alcoolique, mélancolique dans sa souffrance, dans l’antéchrist jusqu’à minuit…
Sac à vin, un terrain bucolique, pour de la nostalgie, la miséricorde, l’endroit fatidique…
Et je bois la reliaison, je déglutis toute forme de raison, l’éternel est ma gnole de busard…
Sac à vin, à boire un sapin, se libérer des tentations de la misère, hormone de sacristain
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