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Chaque jour pour Paris je me rends en train au bureau
au milieu de vous, assis ou debout
et selon l'humeur tête haute ou dos courbé
faisant sans y penser le même voyage
Ce matin là, près de la ville où Guernica sommeille
d'autres comme nous, partageant les mêmes souhaits,
les mêmes soucis, encore endormis d'une nuit trop courte
se sont installés dans l'habituel compartiment
Ils n'étaient ni les meilleurs ni les pire d'entre nous,
des pères, des mères, des amoureux résignés ou
d'inséparables amants, certains pleins d'espoirs,
d'autres désabusés, qui avaient hâte que le soir revienne
Dans le brouhaha des wagons et la chaleur des corps
ils étaient tous égaux, discutant d'un rien,
sans impatience en attendant d'arriver
tandis qu'à leur insu se tramaient de si noirs desseins
Je ne vous connais pas, amis Madrilènes, pas plus que les semblables de mon train,
mais ce matin dans mon wagon, votre terreur votre souffrance,
vos cris m'ont traversé, et je partage, pour l'avoir déjà si intimmement vécu,
le terrible désespoir qui étreint le coeur déchiré de vos proches
Dans cette nouvelle guerre, les assassins ne prennent plus de risques.
De loin, une fois la terrible machine actionnée,
ils attendent le résultat de leur crime,
fêtant sans doute ce massacre comme une victoire, absorbés par leur folie
J'espère que le jour venu nous nous lèverons ensemble,
de tous les trains de tous les pays, quand il sera encore temps,
nous serrant les coudes pour faire face à ceux qui nous menancent
et tuent sans discernement nos hommes, nos femmes et nos enfants.
J'espère que ce jour là, descendant du train,
nous balaierons résolument la misère de ce monde,
nous rendrons transparents nos comptes et nos profits,
nous partagerons plus volontiers notre bien être.
Sans complexe enfin, sur les routes du monde,
nous défendrons nos libertés, nos démocraties et nos laïcités,
tandis que la jeunesse et ses adultes réconciliés
s'entendront à protéger la planète, ses ressources, ses trésors.
D'ici là, pleurons, protestons, indignons nous mais n'oublions pas
que nous devrons prochainement réinvestir la cité,
laissée aujourd'hui aux marchands ou aux guerriers,
et lui rendre force et souveraineté, sagesse et fermeté.
Amis Madrilène, je crois à la richesse du mélange des peuples,
au respect de l'autre, des femmes, cet avenir fragile,
qui gagnent en Iran, en Inde, qui luttent en Algérie avec pour seules armes leurs mots,
leurs fières et courageuses paroles qu'elles payent aussi de leur vie
Amis Madrilènes, ne nous trompons pas, l'ennemi , c'est l'obscurantisme....
Paul
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