La nécessité d'une île

 

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A Paris

le dimanche 28 mars 2010, à 12:25. Posté par Patrice



La nuit pourpre se retirait ; les vagues ayant emporté tous les corps assoiffés s'effaçaient pour les rendre, comme à chaque fois, quand la lumière perce à jour tout mystère. Dans les cafés, les survivants opiniâtres des ressacs s'échouaient à la lisière des eaux, épaves hagardes et incongrues dans le flux de l'autre monde, celui qui s'apprêtait au travail et portait encore à ses paupières des traces de sommeil et des débris de rêves que le réveil automatique, par sa cruauté mécanique, avait fait voler en éclat.
Près du fleuve reverdissant, témoins impassibles des marées, des statues poursuivaient en silence leur voyage immobile amarrées aux bras des siècles, pour cet ailleurs immuable, désir tendu de chaque pierre de la ville s’élançant comme un seul homme : Paris va quelque part.
Moi, étrangement, je marchais le coeur léger dans l'air lavé de l'aube, sous les yeux collés des immeubles qui s'éveillaient à peine, et je regardais sous mon meilleur jour la rue s'offrir à la promesse du renouveau. Je revenais de loin pourtant, comme les autres, d'impétuosités indomptables, vertiges insensibles à l'opprobre et à la proximité du gouffre.
Je marchais le coeur léger ; mais ma flamme alors n'était hélas que feu de paille et, vidé bientôt de toute ma consistance, je m'effondrai à mon tour. Au réveil, saisi par l'horreur, je ne pus qu'attendre replié sur moi-même, pathétique et tremblant, l'obscurité nouvelle avec l'espoir de m'y redéployer : la prochaine amnésie.

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