La nécessité d'une île

 

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Provence macabre

le lundi 29 mars 2010, à 20:44. Posté par Patrice


Été, tragédie de l'azur sans fin. Tendue et invincible, la lumière emprisonnait la terre exhalant à se fendre un incendie d'insectes ; herbe exsangue et rompue, arbres décharnés que déformait l‘arthrose, tous brûlaient, lacérés par les cris, figés dans leur douleur comme la grimace d’un mort.
Accablante lumière criblée de becs d'oiseaux ! Même les dieux se courbaient à son omnipotence crevant tout mystère, l'indigence à nu, chassés de leurs arcanes sous les risées des Hommes.
Au delà de la roche que le ciel sertissait, sous la chape blanchie du soleil traquant l'ombre acculée en son moindre refuge, scellant l'air sur le rivage, les bouches d'un fleuve bavaient une foule grasse dans le désordre affamé du béton. Et cette foule gluante se répandait partout, s'accaparait le sable jusqu'à l'haleine même de la mer asphyxiée.
Tragédie de l’azur sans fin ; quand les pays de pluie rêvaient en sang de l'immuable bleu, moi je brûlais de le fuir et, meurtri par les morsures de sape du prédateur patient et implacable habitant ses eaux lourdes, je peignais mon paradis à la couleur de leur enfer.

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commentaires ( 2 ) (Ajouter un commentaire)
Loïc le jeudi 01 avril 2010, à 14:17
Très très bien celui-là; il n'y a même pas beaucoup de "dans" ni de "que"!! Mais puisque apparemment on est voisins, allez, faut reconnaître que si c'est mission impossible de se caser sur le littoral dès que la température passe les 5°, il y a quand même des choses à sauver en Provence, à commencer par les montagnes, sur lesquelles se brise pitoyablement le flot de cellulite en short à fleurs venu pour pas payer le salon de bronzage.

http://www.mespoemes.net/cellox

patrice le jeudi 01 avril 2010, à 19:46
Bien sûr qu'il y a des choses à sauver en Provence, elle a sa beauté. Ce "pays de roche et de lumière" pour citer un de mes amis poètes. La Sainte Victoire est très belle parfois. Si j'ai mis ce texte à l'imparfait, c'est que j'y parle de mon point de vue de jeunesse. Enfin, je trouve toujours que la lumière dominante enlève tout mystère à la nature, et donc toute sensation de présence "divine" en son sein. Et puis que le climat le plus difficile à supporter, c'est celui qui ne change jamais, l'immuable bleu est aussi tragique que l'immuable gris.
A cette époque, j'imaginais le paradis gris, et pensais que mon chez moi était du côté de la Bretagne, je suis allé m'y installé pour m'apercevoir...que non.
Ce texte a été corrigé après ta remarque sous l'autre - corrigé aussi d'ailleurs.
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