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L’HOMME ET LE CHIEN
La fin du jour approche et la lune se lève
Sur la mer de rochers que battent les embruns ;
Au pied de la falaise un vieil homme et son chien
Prennent le frais du soir qui tombe sur la grève.
Le vieux grommelle après une vie de tourmente ;
Reposant son corps lourd à l’appui d’un bâton,
Courbé contre le vent, il avance à tâtons ;
Le chien court frétillant vers la marée montante.
L’homme se sent semé comme du pain rassis :
Quel compagnon fidèle est-ce là, qui cajole
Quand son auge est en jeu, et puis qui caracole
En laissant à cent lieues celui qui l’a nourri ?
Il essaie de siffler, mais c’est peine perdue,
Il agite les mains, triste pantin de bois ;
Il se veut souverain mais c’est lui qui aboie
La rage inexpliquée qu’il ne contrôle plus.
Le chien ne l’entend pas, il est déjà en lice,
Escaladant les rocs, glissant dans le varech,
Courant comme un perdu en direction des mouettes
Dont l’essaim blanc explose en un feu d’artifice.
L’homme rugit en vain, traite l’animal fourbe
De race de bâtard, puis s’élance en grondant ;
Mais âge et gravité ont un pacte adamant
Et l’envoient s’affaler dans un carré de tourbe.
Les oiseaux criblent l’air, s’égaillent en zigzag ;
Le chien fixe ce ciel que ses proies ont gagné :
Arrimé à la terre, il ne peut que pester,
Claquant des aboiements avalés par les vagues.
Quand son maître se lève, geignant contre un bras raide,
Le chien est près de lui et agite la queue ;
Sa gaieté est hideuse à l’homme bien trop vieux
Qui veut rentrer chez lui : il connaît un remède.
Une fois dans son fief, l’homme égale les rois ;
Ici sa bête attend qu’on lui ouvre les portes.
Il la tire au grenier : « Nous verrons de la sorte
Si tu es aussi libre, étouffé sous un toit ! »
Il se retrouve seul face au tic-tac austère
De la pendule en toc ornant la cheminée
Où un feu chuintant meurt ; il tend sa main ridée
Mais il n’est plus gardien que d’un cachot désert.
Il n’y a plus de vie dans le moindre détail.
L’horloge frappe encore au rythme de la nuit
Et aiguillonne l’homme à regretter ses cris :
Il veut aimer son traître, embrasser sa canaille !
Il gravit en soufflant les marches une à une :
Soudain son compagnon devient sa raison d’être ;
Mais c’est trop tard, le chien a crevé la fenêtre
Et s’enfuit par les toits pour attraper la lune.
Loïc
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