La nécessité d'une île

 

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Voyage d'ivrogne

le vendredi 02 avril 2010, à 18:28. Posté par Patrice


Un vieux texte "dégraissé".


Voyage d'ivrogne

Ô mon cœur toi qui m’ensanglante, rappelle-toi cette autre vie, c'était il y a mille ans : les rails longeant la rue avalée par la nuit où versaient en flaques des réverbères anémiques, ces fils croisés luisant vers l’infini, rappelle-toi donc ce chemin clandestin que je prenais toujours pour me replier, malgré l’interdit et le danger, après la ville ravagée sur le front de mes guerres vacillantes ; te souviens-tu de ce train évité de justesse, fureur fantomatique échappée du néant, de mes cris de dingue lorsque m’avait frappé son souffle assourdissant ?
A chaque fois, la banlieue avait enfanté un rêve que l’aurore avorterait. Dans le silence aux fissures de cailloux sous mes pas incertains, j’écoutais pieusement la nostalgie des entrepôts abandonnés, me confiant gravement des souvenirs de clochards disparus avec leur déchéance, éructant au bout de leur violence des colères alcooliques jusqu’aux cris, dégueulés dans les odeurs d’urine.
Je ne pouvais compter mes divagations au milieu des wagons, sépultures rouillées de tant d'adieux pleurant encore à leurs fenêtres et des départs pleins de promesses. Je ne pouvais savoir les heures ou les siècles saouls passés ici ou même ailleurs en mon pays, ma France trop éprise du chant des cimetières, toutes les saisons traversées en étoile filante, vieux boulon d'astronef s’imaginant lumière : sous le poids de la chute des repères anciens, le temps s’était distendu jusqu’à se liquéfier. Devant son acharnement à se répandre, les divisions de l’horloge avait alors ployé pour céder, bien incapables de le contenir plus longtemps ; il coulait depuis sans obstacle, m’immergeant en sa lourde et immuable lenteur, tel un fleuve faisant son lit de tout l’espace. Et l’onirique réel avait bien trop les traits de mes rêves grimaçants comme des souvenirs ! Ainsi, seule me dominait la nuit, continue, immense et confuse, son commencement se perdant dans l’Histoire, une nuit maladive dont les portes secrètes, voitures de police aux lumières inquisitrices, baladaient partout en ville leur défiance, fouillant chaque repli où les ombres suspectes cherchaient à se dissimuler. Ces portes, qui les passait vraiment ? Regarde les silhouettes cachées encore sous l’impunité des étoiles, regarde comme il y a foule dans la possibilité du vertige ! Mais l’ivresse n'est rien, rien de plus qu’extension de nous-même et la médiocrité, forteresse inexpugnable, y demeure inchangée, ignorant tout des pérégrinations prométhéennes et de leurs transcendances, avec les courses en voitures astrales vers le ciel ébréché, la conscience volée aux dieux pour la vie révélée, ignorant même la parole ourlée de cœur croyant enfin en sa vérité.
L’heure des draps trempés de mes luttes paradoxales qui semblaient si réelles, quand la lumière me déchirait les paupières, me rappelait cruellement ma folie ; alors me fallait-il envoyer paître les troupeaux de remords et de peurs hurlant à mes oreilles comme des porcs qu‘on égorge, ou faire de tous ces cris d'abattoir de la musique de vie, une forme nouvelle de bonheur.
Les mains tremblantes, je poursuivais un peu moins fier les pas des grands brûlés, que l'incendie fascine encore sous le pus des blessures, essayant d’accepter la rançon future de la débauche : un jour, le suivant ou peut-être le millième, elle aurait fini de blanchir ma carcasse, donnant à mon souffle l’odeur et le goût définitifs de la cendre ; je m’achèverais alors à petit feu dans la torture atroce de l‘irréparable.



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commentaires ( 4 ) (Ajouter un commentaire)
Loïc le samedi 03 avril 2010, à 13:04
Tu devrais vraiment, si tu parles anglais (et que tu ne connais pas déjà), jeter un coup d'oeil aux paroles d'un chanteur-compositeur dénommé Fish à l'époque où il écrivait encore celles de son groupe Marillion dans les années 80. Je pense à "Hotel Hobbies", "At That Time Of The Night", "The Last Straw", "Blind Curve" et surtout en ce qui concerne cet écrit "Bitter Suite". Il est vastement appelé "l'homme aux mille mots", et avait à l'époque un talent incroyable pour fusionner mondain (et plus souvent sordide) et magie.
Quant à apprécier les chansons elles-mêmes, ça se discute, ce n'est pas pour tous les goûts.
En ce qui me concerne, sans lui je n'aurais sans doute jamais commencé à écrire de la poésie en 2002.

patrice le samedi 03 avril 2010, à 21:02
J'ai écouté une chanson de ce groupe ("bitter suite") mais je n'ai pas trop aimé. J'essaierai de me pencher sur les paroles, bien que l'anglais me rebutte un peu. D'après ta description, ça a l'air pas mal.
Ce texte est assez vieux. J'ai enlevé pas mal de répétitions, mais au final, ce "dégraissage" lui a fait perdre son souffle. Il va falloir que j'y (re)travaille.
Tiens, sur une page de ce site, j'ai lu une citation de P. Valery que j'ai trouvée pas mal et qui disait à peu près ceci : on ne finit jamais un poème, on l'abandonne.
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http://www.mespoemes.net/patrice

Loïc le samedi 03 avril 2010, à 22:39
Tu peux te pencher sur les paroles si tu veux, mais si tu as du mal avec l'anglais tu vas souffrir, c'est un peu plus complexe que du Céline Dion. Il y a des jeux de mots, des doubles sens et des références culturelles cachées et d'innombrables métaphores.
Sinon Paul Valéry a certainement raison, mais j'attends encore d'avoir l'impression d'avoir fini un poème.

Loïc le samedi 03 avril 2010, à 22:41
Pour ce qui est de ton texte, lorsqu'on ne connaît pas celui d'origine, on ne peut remarquer une perte de souffle, et quand bien il serait moribond sur les bords, est-ce que ça ne colle pas avec le sujet?

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