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Quand nous nous étreindrons pour la dernière fois,
Gencives torturées par un baiser de rage,
Le temps sera venu d'oublier l'autrefois
Où nos sens épousaient le souffle des mirages.
Mon fil de soie d'amour, ma frêle chrysalide,
Que n'ai-je une magie pour tout ressusciter ;
De ces fièvres d'antan que les rides valident
Aux cernes sous nos yeux bleus de tonicité.
Mon piège féminin, ma tendre souricière,
Il est juste décent ce trèfle accaparant
Sur le poids de nos ans sa sève nourricière
Tandis que notre sang s'écoule, transparent.
Mon délicat reflet, ma longue contagion,
Tout près de leurs enfants, sous la terre d'argile,
Déshabillées de corps, les âmes sont légion
A prendre possession des écorces fragiles.
Quand nous nous éteindrons, bien des joutes charnelles
Viendront entretenir leurs flammes sporadiques
Entre mâles assauts et gestes maternels.
Viendra nous caresser une larme pudique.
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Les cépages
Pouvoir m'approprier la rondeur de ton ventre,
Alléger la douleur qui empoigne tes reins,
Doser l'apesanteur baignant ton épicentre,
Apaiser l'anxiété dans ton creux utérin ;
Savoir brider le flot persistant de l'angoisse
Qui succède aux instincts de la fécondité,
Intimer à tes nuits de retenir leur poisse
Pour voler à ton corps sa tiède nudité ;
Etre témoin passif des vagues de chaleur
Déferlant dans ta chair fermée sur mon plaisir,
Aspirer de tes seins une blanche couleur,
Fêter l'allaitement et puis se ressaisir ;
Eduquer pas à pas nos jeunes turbulences,
Refermer les volets sur leurs cris résonnants,
Puis s'enfermer tous deux dans un peu de silence
Et brosser lentement nos cheveux grisonnants ;
Paumes des mains collées, contempler nos visages,
Se moquer tendrement du chemin parcouru ;
Pour nos petits enfants, poser un balisage
Sans être courroucés s'ils se trompent de rue ;
Reprendre un peu de souffle aus saisons printanières,
Boire, rire, danser chaque jour de moisson,
Boutons d'or dans tes yeux, rose à ma boutonnière ;
Laisser le jour percer nos rêves polissons...
Savourer la vapeur exhalée de tes lèvres
Dans un frémissement de jeunesse gardée ;
Calmer les soubresauts qui soulèvent ma plèvre
Quand ta gorge faiblit sous le toit mansardé ;
Parcourir un album dont jaunissent les pages
Tout en s'interrogeant sur la longévité
Qu'entretiennent les ceps en mêlant leurs cépages,
Respirer le bouquet de nos suavités ;
S'asseoir sur une pierre au décor funéraire
Avec au fond du coeur cette sublimation
D'axer nos chérubins vers un itinéraire
Où l'amour sera roi jusqu'à l'inhumation.
Lucilius
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