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Les propos qui suivent n'engagent que moi, et dites-vous qu'avec ou sans ça de toutes façons il y a de fortes chances pour que je me torde pour l'éternité dans un lac de feu... ne serait-ce que pour avoir critiqué Céline Dion à la fin.
LA GENESE
Au commencement était Dieu, c’est-à-dire un homme seul. Ou peut-être une femme, contrairement à ce que dit la Bible, à la volonté de création ensemençant les étoiles… Peut-être encore était-il un enfant, plein de soleils d’autres mondes et d’horizons perlés de pluie ; en tout cas pas une mangouste ni un bernard-l’ermite. Maintenant, bande de fouines, ne vous avisez pas de me demander qui a commencé Dieu. Autant que je sache, il s’est commencé tout seul. Ca prouve à quel point il est fort.
Bref. Venons-en à la Genèse, qui explique de façon très claire la création de l’homme. Commençons par tordre le cou à une idée reçue suivant laquelle la Terre se serait créée par elle-même et que la vie serait apparue toute seule et que nous descendrions du singe, être vil s’il en est. Balivernes. Le singe est un animal, pas un être humain : les subtilités de la métaphysique, les mystères de la tectonique des plaques et la stratégie du dix de chute lui sont totalement étrangers. Après ce raisonnement fulgurant il est bien clair que l’évolution des espèces n’a pas lieu d’être et ne trouve grâce qu’aux yeux d’un monde périmé qui a perdu toutes ses valeurs.
Mais passons.
Hrrrm.
Moteur.
Le premier jour, Dieu créa la Terre, parce que, mais que ça reste entre nous, il comptait créer plein d’autres choses après et que bon, faut bien reconnaître que c’est pas en mettant en scène des types qui gigotent dans le vide qu’on gagne un Golden Globe.
Le deuxième jour, Dieu créa le Soleil, la Lune et les étoiles, pour faire plaisir à sa mère qui lui répétait toujours de ne pas regarder la télé dans le noir, qu’il s’abîmait les yeux et qu’un jour, il serait myope comme son père, et ce serait alors un peu tard pour pleurer, et voilà ce que c’est de ne pas m’écouter. Rappelons un détail cocasse: au départ, le Soleil et les étoiles tournaient autour de la Terre. Dieu a changé ça au XVIIe siècle, on ne sait pas trop pourquoi. En fait, Dieu aurait pu se passer des étoiles en y repensant, mais il comptait déjà créer les hommes feignants mais rusés, et sans les étoiles la voyance n’aurait pas été inventée et crac, une grande frange de la population feignante vivrait dans la misère la plus totale au lieu de se faire des baboules en or sur la crédulité des ânes (car il était également prévu que si la feignantise allait être sans limites, la ruse, elle, se manifesterait avec une intensité variable).
Le troisième jour, Dieu créa les océans et les continents, pour avoir un environnement favorable à l’éclosion de cette fragile étincelle qu’est la vie, et puis à plus long terme pour que Nicolas Hulot et sa dream team de trapézistes aillent y faire les guignols en franchissant des trous très grands sur des cordes à linge au lieu d’en faire le tour.
Le quatrième jour, Dieu créa les arbres, les fleurs, en gros la flore (donc en fait tout ce qui pousse vert, sur quoi on peut se défouler sans risque de représailles et qui n’est pas capable de prendre dix secondes à une tondeuse à gazon sur un cent mètres départ arrêté).
Le cinquième jour, Dieu décida de mettre un peu d’animation dans tout ça et créa les dinosaures, des geckos gros comme des grues de chantier qui avaient le niveau de calcul mental d’une huître et le sens de l’humour d’un plat de tagliatelles. Au début, c’était rigolo, mais bon, ils étaient vraiment trop crétins et Dieu les éradiqua avec un bon déluge. Lorsqu’il eut vidangé tout ce joli monde, Dieu vit que cela était bon et que tiens, il allait se garder un peu de déluge sous le bras pour resservir plus tard (suspense).
Le sixième jour, Dieu créa d’autres animaux, mais des plus petits cette fois pour pouvoir en mettre plus, et c’est vrai que c’était mieux pour la suite, parce que les hommes allaient arriver et qu’à traire une femelle brontosaure ils allaient perdre un peu plus de temps qu’avec une chèvre.
Le septième jour, Dieu créa d’un coup le couple, l’amour, la scène de ménage et la cuisine bio. En clair, il débarqua Adam et Eve à côté d’un pommier. On apprécie ici à quel point Dieu avait bien pensé son coup : s’il avait créé ces deux prototypes avant la flore, Eve aurait été obligée de se péter les molaires sur un bloc de basalte. Bref. Eve, qui était mieux que les dinosaures mais était quand même obligée de monter sur une chaise pour atteindre le QI d’un présentateur de Star Ac’, se laissa embringuer dans une histoire louche par un serpent ventriloque, et paf, elle croqua le fruit défendu, précisément celui que Dieu se réservait pour son dessert, vous voyez comme le monde est mal fait. Aussi sec Dieu la bannit, elle et son chippendale, du Jardin d’Eden, avant de remplacer le pommier par un yucka.
Après, pour se détendre un peu, Dieu décida de créer le jeu de logique et la télé-réalité survival. Il parachuta en vrac au même endroit un vieux mort nommé Noé, un ferry en bois, un florilège de ses animaux les moins ratés et la flotte qui lui restait du déluge précédent. C’était un test. Si l’ancêtre fonçait toutes voiles dehors pour essayer d’éclater le record du tour du monde à l’envers, c’était perdu, et bah, l’homme était décidément trop gland pour qu’on retienne le projet ; mais s’il décidait d’embarquer des fouines et des castors sur son chalutier, alors c’était gagné, et ne me demandez pas pourquoi, les Voies du Seigneur sont impénétrables, ou en tout cas ceux qui ont réussi ne sont pas revenus pour dire comment c’était. Eh ben croyez-moi si vous voulez, mais Noé sauva les créatures de Dieu d’une mort certaine, et il en fut grandement récompensé puisqu’il eut l’autorisation de prendre plusieurs chèvres à son bord. Là-dessus, Noé largua les amarres dès que la météo annonça plein beau temps, et donc il plut pendant cent jours et cent nuits ; il faisait faim, et Noé fut bien obligé de faire disparaître quelques espèces avant de retourner écoper la flotte qui plombait son rafiot, mais bon, cela lui fut pardonné. Il fallait bien être un peu clément avec Noé ; passer des mois sur un sabot fissuré à becter du tatou en regardant la pluie tomber, surtout quand on a toujours vécu à la montagne et qu’on nage comme une boule de pétanque, je voudrais bien vous y voir.
Enfin, au terme d’une longue errance, Noé cria « Terre ! », et de la terre il y en avait, mais avant ça il y avait des récifs et crac, c’est ainsi que les chiens apprirent à nager. Bref, notre vieux crabe, qui avait accosté à un endroit tenu secret pour sa protection, débarqua son zoo tant bien que mal et finit ses jours dans une cabane de trappeur avec ses chèvres, qui lui donnèrent des héritiers fiers et prolifiques dont le sang coule encore dans les veines de Brigitte Bardot, qui crèverait plutôt que de manquer une occasion de bêler. Et Dieu resta un peu perplexe en voyant le peu qu’il fallait à Noé pour être heureux, et il en éprouva une certaine jalousie, lui qui avait un Paradis entier à faire tourner plus Lucifer à tenir en joue. Pourquoi l’autre fossile, en bas, aurait-il le droit de se la couler douce alors que lui, Dieu… Il était en train d’hésiter à changer les chèvres en tigres à dents de sabre pour voir la tête que ferait Noé, lorsqu’il conçut soudain un plan qui, s’il flirtait légèrement avec les frontières de la fourberie, n’en promettait pas moins d’être un spectacle assez distrayant.
Il créa plein d’hommes en une fois, mais quand je dis plein c’est plein, et en colla partout sur Terre, de façon à ce qu’ils ne puissent pas faire un pas sans buter dans le voisin et lui balancer un épieu ou un missile de croisière dans le piège à frites, à cet enfoiré prétentieux que j’ai bien vu ses regards en coin et son faciès de félon, et je sais qu’il convoite ma femme et ma maison et mon porte-clés-lampe-de-poche qui fait dring avec les clés de la R5 dessus et tout ce que j’ai de plus cher au monde. Dieu avait créé l’homme à l’image de la grenouille à deux pattes, qui ne saute pas bien haut, ou alors si ce sont ses deux pattes arrière en retombant elle se casse la gueule.
Alors, pour mettre de l’ordre dans tout ça et décider une bonne fois ce qui est bien et ce qui ne l’est pas, Dieu créa la religion et la Bible. Il convient de préciser ici que ça partait d’une bonne intention. Seulement, donner la Bible aux hommes revenait à confier une carte routière à des analphabètes manchots qui ne peuvent ni la lire ni la replier, alors bon, on dit oh que c’est joli toutes ces lignes et on conduit comme un branque le long de la route rouge jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’essence et qu’on se retrouve paumé en plein bois avec le portable hors réseau et les gamins qui braillent, mais c’est pas grave parce que c’était certainement écrit quelque part sur les panneaux. Et tiens, d’ailleurs voici venir un type et puis plein d’autres avec aussi peu d’essence que moi, ça prouve bien que j’avais raison de prendre la rouge plutôt que la verte, Dieu si tu nous regardes on t’aime, et mes braves allons donc bousiller les types de la route verte, et s’ils font mine d’y tenir à leur bitume explosons-leur la tronche dessus gentiment pour leur apprendre à répondre et s’il leur reste de l’essence on les brûlera avec, hardi petit et pas de quartier. Seulement bon, en toutes choses il faut un minimum de forme, donc avant de les ventiler on va leur expliquer pourquoi ils ont eu tort et comme ça ils mourront moins crétins, on ne sait jamais, et on dirait qu’on appellerait ça l’Inquisition. Bien sûr, de temps en temps on est obligés d’expliquer un peu sèchement avec les pinces et la gégène, il y a toujours des gens qu’on a un peu plus de mal à convaincre mais c’est important d’essayer, surtout ceux que de toutes façons on va brûler avant de confisquer leur porte-clés-lampe-de-poche, ceux-là sont doublement coupables et donc il faut leur expliquer doublement, et n’hésitez pas à nous interrompre si vous ne comprenez pas : on vous expliquera.
C’est ainsi que, une chose en amenant une autre, Dieu s’aperçut qu’il avait créé les guerres de religion, et ça tapait fort, et il passait des soirées entières plié en deux en regardant tous ces abrutis aller bousiller en son nom d’autres abrutis qui l’adoraient aussi, comme quoi tout est prétexte à un bon bain de sang et le temps ne fait rien à l’affaire. Mais bon, Dieu ne changeait pas, il avait toujours autant de mal à se concentrer longtemps sur la même chose, c’était dû à une hyperactivité chronique résultant d’un très ancien traumatisme post-carrelage avait dit le médecin de Sainte Famille, et au bout d’un moment tout cela ne l’amusa plus. Alors il décida de partir en week-end se mettre une bonne auréole en plomb dans le fief de Saint Conpheau (le pays où l’eau-d’vie est moins chère). Il laissa les clés de la baraque à Lucifer, qui n’attendait que ça et qui se dépêcha d’inventer les petites joies simples qui pimentent notre vie quotidienne, comme les embouteillages aux heures de pointe, Céline Dion dans le poste, la peste noire et Jean-Pierre Foucault en prime time sur la Une. Enfin on allait être bien.
Quant à Dieu, on attend encore qu’il rentre de week-end.
To be continued...
Mardi 23 Mars 2004
En hommage à Cavanna, iconoclaste, lui-même disciple de Céline (pas Dion, l'autre).
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