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La rivière aux poèmes
J'ai rêvé que j'étais au bord d'une rivière
je regardais passer des mots dans le courant
comme des poissons morts, ventre à l'air, poursuivant
au gré des tourbillons leur course moutonnière.
Des adverbes bien gras, grouillant éperdument
des subjonctifs huileux forts en isse et en asse
qui s'accrochaient partout, faisant boire la tasse
aux mots de tous les jours inexorablement.
Je voyais des pronoms rattraper au passage
des verbes transitifs dépourvus de sujet
puis, les ayant conquis, partir à l'abordage
de troupes apeurées de compléments d'objet.
Le fleuve était d'un noir profond d'encre de chine
le ciel était taché ainsi qu'un vieux buvard
posé sur le bureau où sans fin dégouline
l'encrier mal fermé d'un écolier bavard.
Soudain m'est apparu, comme un bateau qui passe
parmi les mots noyés flottant entre deux eaux
un radeau très léger glissant à la surface
tout chamarré de fleurs et de plumes d'oiseaux.
J'ai saisi cet esquif qui flottait sur l'eau blême
de son manteau fleuri je l'ai déshabillé
et quand j'ai vu, surpris, que c'était un poème
je l'ai pris dans mes bras ... et me suis réveillé !
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