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C’était un vendredi
rue du sans souci .
Je passais bien rapidement
sans regarder les passants.
Dans ma bulle de verre
Seul comme un poisson vert .
Je comptais mes pas
Sans savoir pourquoi .
L’aube rouge était éteinte
Je ressentais encore son étreinte
Dans mon corps flétri
Par les ans et l’ ennui .
C’est le pont sur la mer
Qui me voyait pas fier .
Tourmenté en pensées de fiel
Claquant le pavé sous le ciel .
J’ai eu alors un grand vertige
D’être un pauvre vestige .
De lourds temps anciens
Pas si bons , pas si bien .
Vous auriez vu alors la mer
C’était après une vent de terre .
Noire et plate , repue
Encre profonde , ventrue .
Elle me disait des mots doux ,
des paroles confuses à cent sous :
« Vient goûter mon encre marine
elle a le parfum des mandarines « .
Les oranges bleues flottent sur les quais
Elles roulent entre les belles et l’ivraie .
Parfois elles tombent pour couler
Entre les barques jaunes détachées .
C était ce pont sur la mer
Avec ses poutrelles de fer .
Il me demande de sauter
Comme un désespéré .
Jamais mon encre bleue
Ne sortira de mes yeux
Pour donner aux poissons à gober
Des larmes de sang congelées.
Après la rue du sans souci
J’entame l’avenue des partisans
Entre les flaques de leurs sang
Je cours vers des amis .
L’eau sombre me guette
Béante , gueule noire de bête .
Mais j’aime trop le parfum du large
Pour monter sur cette barge .
Pars au loin joie de l’éphémère
Tu n’es qu’une chimère .
Je ne veux pas de tes eaux noires
Ni des yeux bleus de ton miroir .
C’était un vendredi
La veille de samedi .
Le pas léger
Je suis passé …
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