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Chaque matin, tu viens, lorsque ton mari part
Me rejoindre, sans bruit, au creux de ma demeure
Les draps ne sont pour toi qu’un modeste rempart
Tu veux de mon amour sans que se fane l’heure
Je persiste à dormir et me laisse bercer,
Lorsque, très doucement, tu t’assois sur ma couche,
Par tes chuchotements qui veulent nuancer
Le désir de tes yeux comme ceux de ta bouche
Tu parles, tendrement, et laisse pénétrer
Le souffle de mon cœur justifiant ta fugue
Tes yeux se sont fermés afin de mieux filtrer
Le bonheur sur un lit d’amour qui se conjugue
Je vois venir tes dents, tu mordilles ma peau
Et ta langue est brûlante ainsi qu’un feu de joie
Puis, m’offrant un baiser perçant comme un couteau
Je retrouve ton corps aussi doux que la soie
Me caressent tes mains en des gestes précis
Sans que les tremblements ne s’enfuient de tes lèvres
Habile, tu comprends, qu’éloigner les soucis
Est un geste d’instinct lors de nos douces fièvres
Je choisis ce moment pour sortir du sommeil
Je caresse tes seins et part vers la rivière
Où tout homme a connu le plus tendre soleil
Une intense chaleur, suave et familière
Je délaisse ta bouche et je tourne ton corps
Ton ventre est sur les draps, je caresse tes fesses
Il n’est plus aucun mur, encor moins de décors
Sachant que tu tiendras tes intimes promesses
Lors, amoureusement, je laisse mon majeur
Deviner ton désir avec plus de franchise
J’aime les hurlements qui te viennent du cœur
Ma caresse devient plus vaillante et précise
Je pénètre la voie où s’exhibe le cri
Un soubresaut t’arrive et celui-ci me flatte
Je t’aime comme est dit sur le vieux manuscrit
Et je profite, lors, de ta bouche écarlate
Tu jouis, à présent, mais ne désirant pas
Que le plaisir me vienne avant que ta blessure
Ne se mélange au bel et glorieux trépas
De l’amour, tu m’attends et m’offres ta morsure
Mais avant ce cadeau, ce bien si précieux,
Ta langue, sur mon corps, est comme de la soie !
Et je plains ton mari qui n’est pas aux cieux
Le pauvre, à son bureau, dans le travail se noie
Nous sommes très heureux, je quitte ton ruisseau
Je t’aime comme un temps qui naît puis nous parfume
Tu m’aimes comme un ciel qui forme le berceau
Du baiser qui, toujours, de l’ennui nous exhume
Nous sommes allongés le cœur frais et serein
Sachant que ce désir n’est pas une amourette
Mais laissons-le tranquille, un peu moins souverain
Approche et viens fumer la sage cigarette
Tu voudrais t’endormir, ton corps est épuisé
Nous entendons un bruit, la clé dans la serrure
Ton cher mari revient, va, le corps apaisé,
Vers celui qui ne sait admirer ta parure
Orbel
http://www.mespoemes.net/orbel
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