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Gros Jean
Une femme très laide au corps désobligeant
Marchait sur un trottoir près de jeunes éphèbes !
A son bras se tenait un dénommé Gros jean
Dont chaque pied semblait palmé comme les grèbes
Le plus jeune apollon était un amuseur ;
Il lança, vers le ciel, une plaisanterie :
« Vous êtes-vous trouvés aux restaurants du cœur
Ou rencontrés la nuit lors d’une braderie »
« Jeune homme, dîtes mois, lui répondit Gros Jean,
Croyez-vous qu’être beau vous donne du mérite !
Cela vous donne-t-il le sexe intelligent
Que la femme, en amour, espère et puis mérite ?
Dîtes-moi, vos baisers, quand vous êtes au lit,
Sont-ils plus chaleureux que ceux que je lui donne !
N’avez-vous jamais vu la belle qui pâlit
Face au tout minuscule objet qu’elle abandonne !
Et, sans parler d’amour, offrez-vous quelques fleurs
A celle qui vous aime et puis qui vous supporte !
Si c’est non, écoutez, même avec ses grosseurs,
Ma femme aurait claqué, jeune beau, votre porte
Maintenant, sachez-le, je passe mon chemin
Vous laissant l’ironie et la blague vaseuse ;
Je vais me promener en lui prenant la main
Car si vous êtes beau, je la sais amoureuse »
Le jeune homme étourdi par la voix d’ouvrier
Répondit : « Monsieur Jean, qui croyez-vous donc être ?
Vous tenez une main comme un palefrenier
Insultant la nature, en même temps le Maître
Sachez bien que l’amour n’est pas dedans son cœur ;
Cette femme n’a pu trouver d’autre physique
Que le vôtre et, tant pis, elle prend la laideur !
L’esquimau rêve bien de la nuit du tropique
Et vous avez l’audace, avec un verbe hautain,
D’offenser mes amis mais vous êtes la chose !
Sachez que la beauté, l’éclat de notre teint
Nous sont venus au nid comme une fleur éclose
Allez vous promener en tenant par la main
Ce que vous croyez être une âme lumineuse !
Notre beauté, jamais, ne semblera demain
Ce que je vois ce jour, un grèbe, une boiteuse »
« Attendez, joli cœur, jeune homme musculeux,
Sans doute, vous vivez les nuits de vos noblesses !
Mais la tête au panier, vous étiez tous hideux,
Vous êtes, c’est la preuve, issus des mêmes fesses
Jamais aucun habit ne nous donne l’honneur
L’élégance des traits ne prouve pas une âme !
Votre visage est beau mais il est sans valeur
Infidèle, toujours, au cœur de chaque femme
J’ai vu bien des cochons se prendre pour des paons
Quand ils devenaient vieux et vivre pour le vice !
Et, quelquefois, certains courir après des faons
Croyant que Jupiter leur offrait une cuisse
Et vous êtes pareils à tous ces nobliaux
Qui se croient éternels, des essences divines !
Mais je vous dis, messieurs, lorsque viendra la faux
Vous aurez comme odeur celle de vos latrines »
Sur ces ultimes mots, les corps favorisés
Partirent en lançant vers le couple le blâme !
Gros Jean prit son amour en offrant ses baisers,
Serein et lumineux en l’appelant madame
Orbel
http://www.mespoemes.net/sites/index.php?login=orbel
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