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Expédients de la Peur.
…..Îles de Soi mouvantes et changeantes, d’herbe, de sable et de
Rocher, girouettes de vent au grand Fleuve désordonné du Monde,
Écart d’inaccessibles rives qui ne se rejoindront jamais, eaux vives
Et boueuses que nous ne connaîtrons jamais deux fois les mêmes,
Falaises de vertige et sapes des abîmes, invisibles courants que
Drainent et charrient sous la surface les houles du Nocturne et des
Lointains, Îles de Soi libres et captives, Îles de la Passion et du
Désir, Îles d’apparition et de disparition…..Ainsi chacun son
Arrimage et sa semblance et son être-emporté, sa naissance et
Blessure et sa forme défaite dans l’Archipel du Vivre et du
Mourir…..
En aurons-nous rêvé d’insulations splendides et de fuites tentées,
De sécessions, Refuges, Abris, Terriers, expédients de la Peur où
Convertir la Peur en incorruptible Sacré, en étreinte de Joie, le Sauf,
En statuaire de Soi, en Œuvre-Artiste inaltérable?
En aurons-nous imaginé, saisis par la folie de la Hauteur et la
Montagne de l’Ultime, des ascensions célestes et des paliers
D’efforts vers le pur éther des sommets, nous exerçant à la
Tension des cordes et des muscles vers le Visage tant aimé?
En aurons-nous lancé des barques malhabiles de nos îles
Lointaines vers des rivages désirés, vers les îles d’Amour,
Les Cythères invisibles, îles des Bienheureux, toute Douceur,
Toute Tiédeur, calanques et bassins de Jouvence?
Mais la Peur maintenant nous retient, l’amertume du Doute,
La Chair et le Réel, fléchissent les béquilles anciennes et
L’atelier des songes se referme…….Îles mouvantes et
Changeantes au grand fleuve désordonné du Monde…….
Et la barque des Morts ne cesse de passer…….
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