|
Souffrance
Il y a –t-il un sens
A cette infâme souffrance
Qui férocement, sans pitié, tranche
Rend les yeux mats et les lèvres blanches
Et où la peau paraît recoller aux os
Jusqu’à ce qu’il gémisse ?
Il y a-t-il une utilité
A cette vieillesse d’éternité
Qui doucement s’applique à affaiblir
Et rend chaque geste douloureux à frémir
Jusqu’à l’épuisement de l’idée
D’avoir seulement été ?
Longtemps on voulu croire
Que c’était le purgatoire !
Mais l’enfer disparaissant
Ce n’est plus apaisant !
Alors on cru que la seule science
Aurait sa peau à la souffrance !
Mais les soins nourrirent la douleur.
Encore une belle erreur !
On ne cru plus en rien :
Aucun médicament
N’évitait la terrible torpeur
Ni l’insidieuse peur !
Mais par la grâce d’un sourire,
Par la beauté d’un geste tendre,
Par la sanctification tranquille de la réconciliation,
Par le temps retrouvé de la parole répétée,
Par la force donnée par le désir de vérité,
Les mains qui doucement se touchent,
Et se caressent avec aussi la bouche,
Et le corps qui parle,
Et à qui l’on parle,
Les cheveux repeignés par cette main même asséchée,
L’orange épluchée pour humecter les lèvres desséchées :
La vigilance de l’instant qui rouvre à la patience de l’Amant.
La pertinence du vivant qui tourne vers l’impermanence du moment.
La transparence du désir qui ouvre à la l’immanence du destin,…
Tout cela prépare à la grande joie de l’âme et du dernier festin.
|