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Je chérissais particulièrement un parc boisé, j’aimais m’adosser contre l’écorce des arbres pour écrire, la proximité de la nature me procurait une sensation de béatitude, j’y puisais toute la sève de mes mots, l’essence même de mes illusions.
Jusqu’au jour où une belle inconnue vint me déraciner. Assise sur un banc, elle ébauchait au fusain les prémices de mes plus beaux souvenirs. Le mouvement perpétuel de sa nuque à la chevelure relevée me guidait vers le zénith de mes émois. Touché par la foudre, mon cœur se mit à bruler l’ensemble de mes peines, mes fréquents soupirs rejetant ainsi ses résidus de haine.
Jour après jour, je dépendais de sa silencieuse présence, nuit après nuit je délaissais Morphée pour prier Cupidon. Tel un peintre obsédé par sa muse, je griffonnais session après session les esquisses d’un poème intitulé « Ma belle inconnue ». Une hymne a son enchantement, une ode au mystère que j’avais érigé autour de son existence.
Ces séduisantes énigmes finirent par me tirailler au point de changer l’orthographe de mes maux. Nous étions si proche et si éloigné à la fois, l’attirance ne suffisait pas à ce que nos regards s’accordent l’un dans l’autre.
L’impression de nager à contre courant nous inondait, alors qu’un flot de félicité tentait de nous rapprocher. Nous nous noyions dans nos limbes de torpeur. L’art était notre unique salut, cet amour indompté allait nous apprivoiser.
Mes désireux versets étaient apposés sur le fameux banc, ils n’attendaient plus que la belle inconnue se consacre à leur lecture. Fidèle à mon espace coutumier, je l’aperçu tel un ange surgit de nulle part… Je la vis s’installer comme le bonheur s’installe au quotidien… puis la contempla finalement prendre conscience de mes écrits…
Les mouvements de nos lèvres fusionnèrent, je me délectais de la moindre émotion susceptible d’effleurer ses sens. L’instant final tant espéré survint, nos regards s’harmonisèrent, et je senti ses globes de diamant percer mon armure de vergogne. Son visage traduisait l’éclosion d’une fleur prête à être cueillie.
Sa première action fut de répondre à ma déclaration artistique par la sienne. Elle me dévoila la face cachée de son œuvre aux traits charnus : De puissants arbres se courbant majestueusement autour d’un individu. Ses esquisses devaient symboliser le dévouement de la nature pour l’Homme. Paradoxalement, l’inclinaison de ceux-ci pouvait aussi l’exprimer menaçante. Elle avait bien retranscrit l’ambigüité régnant entre l’humanité et son berceau. Cette dégradante hypocrisie, cet amour aux couteaux aiguisés.
J’aimais beaucoup son tracé, autant pour son esthétisme que pour le message qu’il transcrivait. Nous avions visiblement les mêmes convictions.
Forts de cet échange, nos corps se rapprochèrent tel des aimants désirant la perte de leur i. Elle me rendu mon poème et répondit à mes strophes interrogatives de son délicieux prénom.
Ainsi nos œuvres furent le reflet de notre romance et ne tardèrent pas à devenir les témoins de notre union.
S.R
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