|

Chers promeneurs,
Vous qui errez tels des explorateurs indicibles, sachez que votre innocence n’a d’égale que votre ignorance. Sachez que sur cette terre j’ai vu le jour, de ce sol je me suis élevé, je me suis dressé d’années en années, j’ai vu mes racines et mes branches se mêler à celles de mes semblables, mes frères, mes enfants, ma famille…
De siècles en siècles, nous nous sommes rapprochés, alors que de jours en jours vous n’avez fait que vous éloigner… de nous, de vous… De générations en générations, je vous ais vu revêtir ce masque d’insensibilité, ces œillères voilant votre perception, jusqu’à laisser l’égoïsme s’emparer de vos cœurs…
J’aurai été le témoin de votre passé, de vos bienfaits comme de vos crimes, la mort et l’amour se succédant éternellement. Dans quel but ? Guerres de territoires ! Désaccords ! Haine de l’autre… Vous vous êtes tant déchirés en vain.
Que restera t-il de votre existence éphémère ? Fort de ma corpulence et de mes nombreux siècles d’existence, voyez ce qu’il reste de moi…
Ma famille et moi étions pourtant si vulnérables, nous ne pouvions fuir le danger quel qu’il soit. Contre le vent, nous étions unis, les uns se maintenant aux autres tel un bloc inébranlable, si un de nous cédait, c’était exposer l’ensemble du groupe à la chute.
Feu ! Foudre ! Froid ! Ne firent que renforcer notre instinct de survie, notre fraternité. Oui notre parfaite harmonie était notre force, à l’encontre de vous.
Ce n’est pas parce qu’aimer est un sentiment naturel, que c’est à la nature de vous l’enseigner… Mais vous n’écoutez rien, inutile de lutter contre votre volonté, vous avez décidé de nous abattre. Faire de notre paradis, votre enfer quotidien.
Mes branches pleurent toute la sève de mes maux sur l’écorce brisée de mes frères morts, j’entends le vacarme des haches déchiqueter nos siècles d’histoire. Ma famille se fait assassiner devant moi, mon plus vieux frère vient de tomber à proximité de mes racines, nous n’avons jamais été aussi proches, mais jamais je ne me suis senti aussi seul. Je suis si impuissant face à ce massacre, bientôt les lames entameront mon enveloppe, bientôt je volerai en éclat jusqu’à me répandre ça et là... J’ai peur, j’ai si peur…
Nous nous retirons de cette ère, de cet horizon, une époque est révolu, mais nous ne partiront pas seuls, non, ce n’est juste qu’une question de temps…
S.R
|