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Mes poèmes - Forum - Livre d'or - Moi

 

Gaston couté.

le jeudi 07 juillet 2011, à 05:31. Posté par hello (auteur : Gaston Couté)


    Gaston Couté

    Poète-chansonnier naquit à Beaugency le 23 septembre 1880, mourut à Paris le 28 juin 1911. Il était fils d'un meunier du Loiret.Instable de tempérament, il quitta l'école vant le baccalauréat.Il fut successivement commis dans une administration puis journaliste d'une feuille locale.Il se mit à écrire particulièrement en patois des poèmes dont les sources étaient les réalités sociales de son temps. Il monte à Paris pour les déclamer dans les cabarets.Il a dix huit ans. Il fréquenta Picasso ,Utrillo , Depaquit. Il connaît des difficultés financières mais finit par obtenir un certain succès. Il était la version rurale de Jehan Rictus.La tuberculose, l'absinthe, les privations eurent raison de lui.
    Il a choisi de s’exprimer dans la langue beauceronne ; mais ce n’est pas un classique du patois
    « J’sommes d’un pays oùsqu’on parle bien », dit-il dans une chanson. Bernard Lavilliers a interprété un de ses poèmes :La dernière bouteille.
    Si vous êtes intêressés, de nombreux sites lui sont dédiés.


    LE GAS QU’A MAL TOURNE

    Dans les temps qu’j’allais à l’école,
    — Oùsqu’on m’vouéyait jamés bieaucoup, —
    Je n’voulais pâs en fout’e un coup ;
    J’m’en sauvais fér’ des caberioles,
    Dénicher les nids des bissons,
    Sublailler, en becquant des mûres
    Qui m’barbouillin tout’la figure,
    Au yeu d’aller apprend’ mes l’çons ;
    C’qui fait qu’un jour qu’j’étais en classe,
    (Tombait d’ l’ieau, j’pouvions pâs m’prom’ner !)
    L’ mét’e i’ m’dit, en s’levant d’ sa place :
    « Toué !... t’en vienras à mal tourner ! »

    Il avait ben raison nout’ mét’e,
    C’t’houmm’-là, i’d’vait m’counnét’ par cœur !
    J’ai trop voulu fére à ma tête
    Et ça m’a point porté bounheur ;
    J’ai trop aimé voulouèr ét’ lib’e
    Coumm’ du temps qu’ j’étais écoyier ;
    J’ai pâs pu t’ni’ en équilib’e
    Dans eun’ plac’, dans un atéyier,
    Dans un burieau... ben qu’on n’y foute
    Pâs grand chous’ de tout’ la journée...
    J’ai enfilé la mauvais’ route !
    Moué ! j’sés un gâs qu’a mal tourné !

    À c’tt’ heur’, tous mes copains d’école,
    Les ceuss’ qu’appernin l’A B C
    Et qu’écoutin les bounn’s paroles,
    I’s sont casés, et ben casés !
    Gn’en a qui sont clercs de notaire,
    D’aut’s qui sont commis épiciers,
    D’aut’s qu’a les protections du maire
    Pour avouèr un post’ d’empléyé...
    Ça s’léss’ viv’ coumm’ moutons en plaine,
    Ça sait compter, pas raisounner !
    J’pense queuqu’foués... et ça m’fait d’la peine :
    Moué ! j’sés un gâs qu’a mal tourné !

    Et pus tard, quand qu’i’s s’ront en âge,
    Leu’ barbe v’nu, leu’ temps fini,
    I’s vouéront à s’mett’e en ménage ;
    I’s s’appont’ront un bon p’tit nid
    Oùsque vienra nicher l’ ben-êt’e
    Avec eun’ femm’... devant la Loué !
    Ça douét êt’ bon d’la femme hounnête :
    Gn’a qu’les putains qui veul’nt ben d’moué.
    Et ça s’comprend, moué, j’ai pas d’rentes,
    Parsounn’ n’a eun’ dot à m’dounner,
    J’ai pas un méquier dont qu’on s’vante...
    Moué ! j’sés un gâs qu’a mal tourné !

    I’s s’ront ben vus par tout l’village,
    Pasqu’i’s gangn’ront pas mal d’argent
    À fér des p’tits tripatrouillages
    Au préjudic’ des pauv’ers gens
    Ou ben à licher les darrières
    Des grouss’es légum’s, des hauts placés.
    Et quand, qu’à la fin d’leu carrière,
    I’s vouérront qu’i’s ont ben assez
    Volé, liché pour pus ren n’fére,
    Tous les lichés, tous les ruinés
    Diront qu’i’s ont fait leu’s affères...
    Moué ! j’s’rai un gâs qu’a mal tourné !

    C’est égal ! Si jamés je r’tourne
    Un joure r’prend’ l’air du pat’lin
    Ousqu’à mon sujet les langu’s tournent
    Qu’ça en est comm’ des rou’s d’moulin,
    Eh ben ! i’ faura que j’leu dise
    Aux gâs r’tirés ou établis
    Qu’a pataugé dans la bêtise,
    La bassesse et la crapulerie
    Coumm’ des vrais cochons qui pataugent,
    Faurâ qu’ j’leu’ dis’ qu’ j’ai pas mis l’nez
    Dans la pâté’ sal’ de leu-z-auge...
    Et qu’c’est pour ça qu’j’ai mal tourné !...

    Gaston couté



    COMPLAINTE DES TROIS ROSES

    Ah ! quand j'avais vingt ans sounnés,
    Ah ! quand j'avais vingt ans sounnés,
    Margot s'en allait vouér ses boeufs
    Avec eun' ros' roug' dans les ch'veux.
    A' m' l'a dounné.
    Viv'nt les fill's dont j' suis l'amoureux !
    J'ai eun' rose, et j'en aurai deux !

    Paf ! quand qu' j'étais cor' ben rablé,
    Paf ! quand qu' j'étais cor' ben rablé,
    J'ai vu la garce au pér' Françoué's
    Qu'avait eun' ros' blanch' dans les doué'ts
    Et j'y a' volée !

    Viv'nt les fill's qui s' fleuriss'nt pour moué !
    J'ai deux ros's, et j'en aurai troués !

    Bah ! quand j'sés dev'nu ben renté,
    Bah ! quand j'sés dev'nu ben renté,
    Catin est v'nu m' chatouiller l' nez
    Avec eun' rose au coeur fané !
    Et j' la ach'tée !
    Viv'nt les fill's qui vend'nt ces ros's-là !
    J'ai troués ros's, mais j'en veux pus qu'ça.

    Las ! me v'là vieux, me v'là ruiné,
    Las ! me v'là vieux, me v'là ruiné,
    Y a pus d' ros's roug's à l'âge que j'ai.
    Des blanches ? Foli ! Faut pus songer
    Mém' aux fanées.
    Viv'nt les fill's qui m'aimeront pus !
    Moué, j'ai troués ros's et j'meurs dessus.

    Gaston Couté

    GUEUX

    Un soir d'hiver, quand de partout,
    Les corbeaux s'enfuient en déroute,
    Dans un fossé de la grand'route,
    Prés d'une borne, n'importe où
    Pleurant avec le vent qui blesse
    Leurs petits corps chétifs et nus,
    Pour souffrir des maux trop connus,
    Les gueux naissent.

    Pour narguer le destin cruel,
    Le Dieu d'en haut qui les protège
    En haut de leur berceau de neige
    Accroche une étoile au ciel
    Qui met en eux sa chaleur vive,
    Et, comme les oiseaux des champs,
    Mangeant le pain des bonnes gens
    Les gueux vivent.

    Puis vient l'âge où, sous les haillons,
    Leur cœur bat et leur sang fermente,
    Où, dans leur pauvre âme souffrante,
    L'amour tinte ses carillons
    Et dit son éternel poème ;
    Alors blonde fille et gars brun,
    Pour endolir leur chagrin
    Les gueux s'aiment !

    Mais bientôt, et comme toujours,
    - Que l'on soit riche ou misérable -
    L'amour devient intolérable
    Et même un poison à leurs jours,
    Et sous tous leurs pas creuse un gouffre :
    Alors, quand ils se sont quittés,
    Pour les petits qui sont restés
    Les gueux souffrent !

    Gaston Couté

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commentaires ( 6 ) (Ajouter un commentaire)
domidom le jeudi 07 juillet 2011, à 16:54
Sais-tu que j'ai adoré (cette complainte des trois roses), un poème en patois, c'est rare, mais très intéressant, de plus, par certain coté , je retrouve un peu le patois de la Vienne, mon pays natal...
Au plaisir de te lire...
Amitiés...Domie...

jeandesaintjean le jeudi 07 juillet 2011, à 17:52
J'ai ajouté la chanson du gas qu'a mal tourné et changé la photo----
http://www.mespoemes.net/jeandesaintjean

rivaudais le dimanche 10 juillet 2011, à 21:47
----Gaston Coué n'est plus tout à fait un inconnu. Il est -ou a été- de bon ton pour certaines célébrités de le remettre à la mode. Et il n'est pas rare d'entendre du Gaston Couté dans les cercles poétiques . un de ses poèmes est d'ailleurs très connu. C'est vrai qu'il est magnifique, un des ses plus beau, le plus beau peut-être :"Jour de lessive" que beaucoup doivent connaître http://www.mespoemes.net/rivaudais

rivaudais le dimanche 10 juillet 2011, à 21:52
----Pardon pour les fautes. De frappe bien entendu.
Jehan Rictus : J'aime infiniment. Certains de ses vers sont carrément prémonitoires. Et quelles images poignantes parfois. Comme dans le poème où il décrit sa rencontre avec le Christ alors qu'il voit son propre reflet dans une vitrine.
http://www.mespoemes.net/rivaudais

mbwqwvcns le mercredi 07 décembre 2011, à 20:53
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ysnaib le jeudi 26 juillet 2012, à 09:34
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