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Alex toursky
Joë Bousquet lui écrivait dans les années 1940 : "De tous les poètes, vous êtes celui dont je voudrais avoir tout l'œuvre dans le cœur".
Poète du réel et de l'amour qu'il exprime en vers dépouillés, excluant toute forme de grandiloquence,
Alexandre Toursky né à Cannes le 30 décembre 1917s'est éteint en 1970 à Marseille,
Recueils:
• Enfance (La Phalange, 1937)
• La suite à demain (La Phalange, 1938)
• Irène (Feuillets de l'îlot, 1941)
• Les armes prohibées)
• Version originale
• Connais ta liberté
• Ici commence le désert
• Ma destinée s'achève à l'aube
***
Peur
Elle avait monté l'escalier
D'un pas étonnament uni,
Sans escales ni haltes ni
Faire le guet sur le palier.
Entre cent prudences profondes,
Peut-être avait-elle eu, d'en bas,
La ruse de calquer son pas
Sur le passage des secondes,
Et suivi l'heure de si près
Qu'elle montait avec le temps
Comme une bête avance dans
L'ascendante houle des prés.
A ce moment j'avais heurté
Vaguement le piège imprévu
Que nous tendait la lampe, et vu
Tes mains prises dans la clarté.
Puis ce fut la chute d'un livre,
Et quelque chose est arrivé,
Qui nous a fait tous deux lever
Quand tu m'as proposé de vivre !
Axel Toursky,
De simples maladresses,
De simples maladresses,
— un verre qu'on renverse,
des mots que l'on oublie —
préparent le terrain.
Le mal ne s'aventure
jamais dans une chambre
dont les meubles respectent
leur juste emplacement.
En certains cas bénins,
la symétrie peut être
puissamment préventive !
Remis droit, un tableau
importune la fièvre.
Axel Toursky
L'Escargot
L'escargot se déplace
dans une continue
création de son corps
s'invente et se rejoint
Il glisse avec aisance
dans le tunnel sans fin
de son identité
On le dit peu rapide
sans voir que le précède
son image future
et qu'il avait en lui
la route qu'il emprunte.
Axel Toursky
NAISSANCE DE LA MER
Au terme de ma course,
je me laisse tomber.
La terre vient à moi
comme une récompense.
La terre sur ma joue,
la terre sous mes paumes,
et je puis m’élargir
à lui cacher le ciel.
Un vaste écho de vagues
monte gonflé d’odeurs
et roule ses galets
à travers ma fatigue.
Un torrent taciturne
qui s’enfle sous les herbes
et prend la voix de l’homme
dont je porte le nom.
Axel Toursky .
LA MORT EST NATURELLE
Je t'aurai tant aimée
que l'oubli ne pourra
donner une autre forme
au vide que j'habille.
Je m'en irai, manteau
de ta légère absence,
écharpe au cou du vent
qui portait ton visage.
Je passerai, serrant
les biens que tu me fus,
geôle de ton passé,
bouche de ton silence.
Christine
J'écris en toutes langues;
je sais dire l'amour
en rose, en alouette;
causer flambeau;
je peux traduire l'homme
dans un vocabulaire
de couteaux; faire en nuit
le mot à mot du jour;
parlementer en arbre;
demander en caillou
ma route, l'heure en ombre:
mais toi, que parles-tu ?
*
Tu sens bon. Tu es simple.
Tu n'es que toi. Ni chaud
ni froid ne décomposent
le don que tu me fais.
La menthe qu'on écrase
reconnaît sa folie;
l'oeillet flétri confesse
qu'il habille la mort.
Vainement je te froisse.
Tu ne peux dépasser
le goût de mes paroles:
tu es ce que je dis.
AXEL TOURSKY
***
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