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LES ÉNERVÉS DE JUMIÈGES
L’Horizon s’emplit
De lueurs flambantes,
Aux lignes tombantes
Comme un Ciel de Lit.
L’Horizon s’envole,
Rose, Orange et Vert,
Comme un cœur ouvert
Qu’un relent désole.
Autour du bateau
Un remous clapote ;
La brise tapote
Son petit manteau,
Et, lente, très lente
En sa pâmoison
La frêle prison
Va sur l’eau dolente.
O Doux énervés,
Que je vous envie
Le soupçon de vie
Que vous conservez !
Pas de clameur vaine,
Pas un mouvement !
Un susurrement
Qui bruit à peine !
Vous avez le flou
Des choses fanées,
Ames très vannées,
Allant Dieu sait où !
Comme sur la grève,
Le vent des remords,
Passe, en vos yeux morts,
Une fleur de rêve !
Et, toujours hanté
D’un ancien Corrège,
Je dis : Quand aurai-je
Votre Exquisité ?
PLATONISME
La chair de la Femme, argile Extatique,
Nos doigts polluants la vont-ils toucher ?
Non, non, le Désir n’ose effaroucher
La Vierge Dormante au fond du Triptyque.
La chair de la Femme est comme un Cantique
Qui s’enroule autour d’un divin clocher,
C’est comme un bouton de fleur de pêcher
Eclos au Jardin de la nuit Mystique.
Combien je vous plains, mâles épaissis,
Rongés d’Hébétude et bleus de soucis,
Dont l’âme se vautre en de viles proses !
O sommeil de la Belle au Bois Dormant,
Je veux t’adorer dans la Paix des roses,
Mon angelot d’or, angéliquement.
SUAVITAS
L’Adorable Espoir de la Renoncule
A nimbé mon cœur d’une Hermine d’or.
Pour le Rossignol qui sommeille encor,
La candeur du Lys est un crépuscule.
Feuilles d’ambre gris et jaune ! chemins
Qu’enlace une valse à peine entendue,
Horizons teintés de cire fondue,
N’odorez-vous pas la tiédeur des mains ?
O Pleurs de la Nuit ! Étoiles moroses !
Votre aile mystique effleure nos fronts,
La vie agonise et nous expirons
Dans la mort suave et pâle des Roses !
Les Déliquescences : poèmes décadents d’Adoré Floupette, avec sa vie par Marius Tapora
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