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Jean Richepin

le dimanche 24 juillet 2011, à 14:53. Posté par hello (auteur : Jean Richepin)




    Jean Richepin



    Fort en « thème », adolescent turbulent, normalien lettré, il apparaît au quartier Latin vers 1875, fréquente la «bohème» littéraire et, par ses excentricités, se fait vite une célébrité.
    La « Chanson des gueux ( 1876) lui valut la célébrité. Son entrée à l'Académie française en 1909, consacra une carrière de presque révolté et désormais inoffensif. Il écrira jusqu'à la fin de sa vie.

    Du mouron pour les p'tits oiseaux


    Grand'mère, fillette et garçon
    Chantent tour à tour la chanson.
    Tous trois s'en vont levant la tête :
    La vieille à la jaune binette,
    Les enfants aux roses museaux.
    Que la voix soit rude ou jolie,
    L'air est plein de mélancolie :
    Du mouron pour les p'tits oiseaux !

    Le mouron vert est ramassé
    Dans la haie et dans le fossé.
    Au bout de sa tige qui bouge
    La fleur bonne est blanche et non rouge.
    Il sent la verdure et les eaux ;
    Il sent les champs et l'azur libre
    Où l'alouette vole et vibre.
    Du mouron pour les p'tits oiseaux !

    C'est ce matin avant le jour
    Que la vieille a fait son grand tour.
    Elle a marché deux ou trois lieues
    Hors du faubourg, dans les banlieues,
    Jusqu'à Clamart ou jusqu'à Sceaux.
    Elle est bien lasse sous sa hotte !
    Et l'on ne vend qu'un sou la botte
    Du mouron pour les p'tits oiseaux !

    Les petits trouvant le temps long
    Traînent en allant leur talon.
    La soeur fait la grimace au frère
    Qui, sans la voir, pour se distraire,
    Trempe ses pieds dans les ruisseaux,
    Tandis qu'au cinquième peut-être
    On demande par la fenêtre
    Du mouron pour les p'tits oiseaux !

    Mais la grand'mère a vu cela.
    Un sou par-ci, deux sous par-là !
    C'est elle encor, la pauvre vieille,
    Qui le mieux des trois tend l'oreille,
    Et dont les jambes en fuseaux,
    Quand à monter quelqu'un l'invite,
    Savent apporter le plus vite
    Du mouron pour les p'tits oiseaux !

    Un sou par-là, deux sous par-ci !
    La bonne femme dit merci.
    C'est avec les gros sous de cuivre
    Que l'on achète de quoi vivre,
    Et qu'elle, la peau sur les os,
    Peut donner, à l'heure où l'on dîne,
    A son bambin, à sa bambine,
    Du mouron pour les p'tits oiseaux !




    Première gelée


    Voici venir l'Hiver, tueur des pauvres gens.

    Ainsi qu'un dur baron précédé de sergents,
    Il fait, pour l'annoncer, courir le long des rues
    La gelée aux doigts blancs et les bises bourrues.
    On entend haleter le souffle des gamins
    Qui se sauvent, collant leurs lèvres à leurs mains,
    Et tapent fortement du pied la terre sèche.
    Le chien, sans rien flairer, file ainsi qu'une flèche.
    Les messieurs en chapeau, raides et boutonnés,
    Font le dos rond, et dans leur col plongent leur nez.
    Les femmes, comme des coureurs dans la carrière,
    Ont la gorge en avant, les coudes en arrière,
    Les reins cambrés. Leur pas, d'un mouvement coquin,
    Fait onduler sur leur croupe leur troussequin.

    Oh ! comme c'est joli, la première gelée !
    La vitre, par le froid du dehors flagellée,
    Étincelle, au dedans, de cristaux délicats,
    Et papillotte sous la nacre des micas
    Dont le dessin fleurit en volutes d'acanthe.
    Les arbres sont vêtus d'une faille craquante.
    Le ciel a la pâleur fine des vieux argents.

    Voici venir l'Hiver, tueur des pauvres gens.

    Voici venir l'Hiver dans son manteau de glace.
    Place au Roi qui s'avance en grondant, place, place !
    Et la bise, à grands coups de fouet sur les mollets,
    Fait courir le gamin. Le vent dans les collets
    Des messieurs boutonnés fourre des cents d'épingles.
    Les chiens au bout du dos semblent traîner des tringles.
    Et les femmes, sentant des petits doigts fripons
    Grimper sournoisement sous leurs derniers jupons,
    Se cognent les genoux pour mieux serrer les cuisses.
    Les maisons dans le ciel fument comme des Suisses.
    Près des chenets joyeux les messieurs en chapeau
    Vont s'asseoir ; la chaleur leur détendra la peau.
    Les femmes, relevant leurs jupes à mi-jambe,
    Pour garantir leur teint de la bûche qui flambe
    Étendront leurs deux mains longues aux doigts rosés,
    Qu'un tendre amant fera mollir sous les baisers.
    Heureux ceux-là qu'attend la bonne chambre chaude !
    Mais le gamin qui court, mais le vieux chien qui rôde,
    Mais les gueux, les petits, le tas des indigents...

    Voici venir l'Hiver, tueur des pauvres gens.

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