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François Tristan L'Hermite, (1601-1655)
sieur du Soliers dit Tristan L'Hermite, né au château de Soliers, dans la Marche, 1601 et décédé à Paris le 7 septembre 1655, est un poète et dramaturge français . Auteur dramatique fort applaudi en son temps, et dont la pièce de début, la fameuse tragédie de Mariane, contrebalança le succès du Cid, joué la même année
MISERE DE L'HOMME DU MONDE
Venir à la clarté sans force & sans adresse,
Et n'ayant fait long temps que dormir & manger,
Souffrir mille rigueurs d'un secours estranger
Pour quitter l'ignorance en quittant la foiblesse :
Apres, servir long temps une ingratte Maistresse,
Qu'on ne peut acquerir, qu'on ne peut obliger ;
Ou qui d'un naturel inconstant & leger,
Donne fort peu de joye & beaucoup de tristesse.
Cabaler dans la Cour ; puis devenu grison,
Se retirant du bruit, attendre en sa maison
Ce qu'ont nos derniers ans de maux inevitables.
C'est l'heureux sort de l'homme. O miserable sort!
Tous ces atachemens sont-ils considerables,
Pour aimer tant la vie, & craindre tant la mort?
La belle gueuse
Ô que d'appas en ce visage
Plein de jeunesse et de beauté,
Qui semble trahir son langage
Et démentir sa pauvreté !
Ce rare honneur des orphelines,
Couvert de ces mauvais habits,
Nous découvre des perles fines
Dans une boîte de rubis.
Ses yeux sont des saphirs qui brillent,
Et ses cheveux qui s'éparpillent
Font montre d'une riche trésor.
À quoi bon sa triste requête,
Si pour faire pleuvoir de l'or,
Elle n'a qu'à baisser la tête !
L'EGALITE DE CHARMES
Deux Merveilles de l'Univers
Tiennent en leurs mains ma fortune,
Et leurs appas sont bien divers :
Car l'une est blonde, & l'autre brune.
Cependant leurs jeunes beautez
Regnent dessus mes volontez
Auec une egalle puissance,
Et dans leur glorieux destin
Je ne voy que la difference
D'un beau soir & d'un beau matin.
A des cimetières
Séjour mélancolique, où les ombres dolentes
Se plaignent chaque nuit de leur adversité
Et murmurent toujours de la nécessité
Qui les contraint d'errer par les tombes relantes,
Ossements entassés, et vous, pierres parlantes
Qui conservez les noms à la postérité,
Représentant la vie et sa fragilité
Pour censurer l'orgueil des âmes insolentes,
Tombeaux, pâles témoins de la rigueur du sort,
Où je viens en secret entretenir la mort
D'une amour que je vois si mal récompensée,
Vous donnez de la crainte et de l'horreur à tous,
Mais le plus doux objet qui s'offre à ma pensée
Est beaucoup plus funeste et plus triste que vous.
Le navire
Je fus, Plante superbe, en Vaisseau transformée.
Si je crus sur un Mont, je cours dessus les eaux :
Et porte de Soldats une nombreuse armée,
Après avoir logé des Escadrons d'Oiseaux.
En rames, mes rameaux se trouvent convertis ;
Et mes feuillages verts, en orgueilleuses voiles :
J'ornai jadis Cybèle, et j'honore Thétis
Portant toujours le front jusqu'auprès des Étoiles.
Mais l'aveugle Fortune a de bizarres lois :
Je suis comme un jouet en ses volages doigts,
Et les quatre Éléments me font toujours la guerre.
Souvent l'Air orageux traverse mon dessein,
L'Onde s'enfle à tous coups pour me crever le sein
Je dois craindre le Feu, mais beaucoup plus la Terre.
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