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Laurent TAILHADE (1854-1919)
Laurent Tailhade, né à Tarbes le 16 avril 1854 et mort à Combs-la-Ville le 2 novembre 1919, est un polémiste et poète français
Devenu l'ami de Verlaine, Jean Moréas et Albert Samain, Tailhade, tout en écrivant des vers influencés par les Parnassiens, développait sa fibre anarchiste et anticléricale dans des poèmes et des textes polémiques et d'une vigueur injurieuse peu commune
Ses recueils les plus célèbres, Au Pays du mufle (1891) ou encore Imbéciles et gredins (1900), n'ont rien perdu de leur veine rageuse, insultante et d'une verve où se mêlent l'argot des faubourgs et la richesse d'une langue luxuriante d'une vaste culture.
Sa fille fut l'épouse du journaliste Pierre Châtelain-Tailhade, journaliste au Canard enchaîné
Vitrail
Un soir de flamme et d'or hante la basilique,
Ravivant les émaux ternis et les couleurs
Ancestrales de l'édifice catholique.
Et soudain - cuivre, azur, pourpre chère aux douleurs -
Le vitrail que nul art terrestre ne profane
Jette sur le parvis d'incandescentes fleurs.
Car l'ensoleillement du coucher diaphane,
Dans l'ogive où s'exalte un merveilleux concept,
Intègre des lueurs d'ambre et de cymophane.
Les douze Apôtres, les cinq Prophètes, les sept
Sages, appuyés sur les Vertus cardinales,
Se profilaient en la rosace du transept.
Améthystes ! Béryls ! Sardoines ! Virginales
Émeraudes au front chenu des Confesseurs
Montrant le Livre où sont inscrites leurs annales.[...]
Les fleurs d'Ophélie
Fleurs sur fleurs ! Fleurs d'été, fleurs de printemps, fleurs blêmes
De novembre épanchant la rancœur des adieux
Et, dans les joncs tressés, les fauves chrysanthèmes ;
Les lotus réservés pour la table des dieux ;
Les lis hautains, parmi les touffes d'amarante,
Dressant avec orgueil leurs thyrses radieux ;
Les roses de Noël aux pâleurs transparentes ;
Et puis, toutes les fleurs éprises des tombeaux,
Violettes des morts, fougèress odorantes ;
Asphodèles, soleils héraldiques et beaux,
Mandragores criant d'une voix surhumaine
Au pied des gibets noirs que hantent les corbeaux.
Fleurs sur fleurs ! Effeuillez des fleurs ! que l'on promène
Des encensoirs fleuris sur la terre où, là-bas,
Dort Ophélie avec Rowena de Trémaine.
Voici, tiré du rare Douzain de Sonnets, l'un d'eux :
HÉLÈNE (Le laboratoire de Faust à Wittemberg)
Des âges évolus j'ai remonté le fleuve
Et, le cœur enivré de sublimes desseins,
Déserté le Hadès et les ombrages saints,
Où l'âme d'une paix ineffable s'abreuve.
Le Temps n'a pu fléchir la courbe de mes seins.
Je suis toujours debout et forte dans l'épreuve,
Moi, l'éternelle vierge et l'éternelle veuve,
Gloire d'Hellas, parmi la guerre aux noirs tocsins.
O Faust, je viens à toi, quittant le sein des Mères !
Pour toi, j'abandonnai, sur l'aile des chimères,
L'ombre pâle où les Dieux gisent, ensevelis.
J'apporte à ton amour, du fond des cieux antiques,
Ma gorge dont le Temps n'a pas vaincu les lys
Et ma voix assouplie aux rythmes prophétiques.
Sonnet de Pâques
à Etienne Bladé
"Vous m'avez demandé, cher, un sonnet de Pâque.
Hélas! Les gais refrains m'ont fui depuis longtemps,
Et, pendant les beaux soirs de ce nouveau printemps,
Nulle ne m'attendra près de la tour Saint-Jacques.
Les baisers et les vers, ces parfums des antans,
S'exhalent sans charmer le philistin opaque.
Les belles aux yeux clairs comme l'ambre et la laque
Ont détourné de moi leurs rires inconstants.
Cependant, puisqu'il faut qu'ici bas tout renaisse,
Qu'emportés malgré nous par l'immense jeunesse,
Nous prenons notre part dans le réveil humain,
Je veux dire, ce soir, à l'aube de l'année,
Quelle force, parfois, votre voix m'a donnée
Et que je suis meilleur à vous serrer la main.
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