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Georges Rodenbach
Georges Rodenbach, né le 16 juillet 1855 à Tournai et décédé le 25 décembre 1898 à Paris, est un poète symboliste et un romancier belge de la fin du XIXe siècle.
Aux mères qui battent leurs enfants
Mères, ne battez pas vos enfants ; laissez-les
Courir dans la demeure indulgente, et poursuivre
Cet idéal de bruit qui les grise, et qui livre
Aux caprices du vent leurs cheveux débouclés.
Aux portes de leurs cœurs ne brisez pas les clés !…
S’étourdir, trébucher, salir, pour eux c’est vivre ;
Car parmi ces rieurs plus d’un est encore ivre
Du paradis tout bleu dont ils sont exilés !…
Les enfants n’aiment plus les parents qui se fâchent,
Et leurs petits bras blancs lentement se détachent
De leur cou, comme un fruit quand l’arbre est secoué.
C’est mal couper ainsi les ailes aux colombes,
C’est mal faire pleurer après qu’on a joué :
Laissez-leur donc leurs pleurs pour en mouiller vos tombes.
Défaillance
Moi qui rêve toujours, moi qui n’ai jamais ri,
Je ne puis résister à l’amour qui m’obsède ;
Il faut que j’ouvre enfin mon cœur et que je cède,
Et que j’offre aux baisers mon profil amaigri.
L’étude dont mon rêve idéal s’est nourri
Dans le drame des jours n’est qu’un triste intermède ;
Dans l’amour, l’amour seul, qui puisse être un remède,
Car la vie est la tombe où l’amour a fleuri.
Je vais donc me livrer à l’instinct qui l’emporte,
Et, dût mon cœur saigner, j’en vais ouvrir la porte ;
Mais toi, femme inconnue et vague que j’attends,
En entrant, souviens-toi que tout ce cœur est vierge,
Que c’est un temple empli de rêves éclatants
Et ne t’y conduis pas comme dans une auberge !…
Les femmes tristes
Les fronts blancs, les fronts doux, les fronts mélancoliques
Des femmes dont les yeux étoilent la pâleur
Font tant sympathiser mon âme avec la leur,
Que j’y mettrais ma lèvre ainsi qu’à des reliques.
Je voudrais dans mon être amasser la chaleur
Et les parfums d’encens des vieilles basiliques
Pour faire refleurir l’amour des bucoliques
Et faire évaporer en elles la douleur.
Oh ! les femmes qui sont tristes ! Je les préfère
Et mon cœur se dilate à la tiède atmosphère
Des pleurs discrets auxquels je trouve un charme amer ;
Car mon amour ressemble aux lueurs qui s’étirent
Dans la phosphorescence étrange de la mer :
Mon amour est un feu que les larmes attirent.
Georges Rodenbach
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