|

Francis Carco
On cite ses romans, on le nomme quand on parle de la Bohème montmartroise mais l’on oublie qu’il fut aussi un délicat poète de la nuit, de la rue, des marlous, des Apaches. Il est né le 3 juillet 1886 à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) et mort le 26 mai 1958 à Paris.
Il définit lui-même son œuvre comme « un romantisme plaintif où l’exotisme se mêle au merveilleux avec une nuance d’humour et désenchantement ».
Francis Carco a écrit des chansons, dont Le doux caboulot. Carco chanta lui-même cette dernière chanson au Lapin Agile, cabaret à Montmartre, en 1952.
Le doux caboulot
Le doux caboulot
Fleuri sous les branches
Est tous les dimanches
Plein de populo.
La servante est brune,
Que de gens heureux
Chacun sa chacune,
L'une et l'un font deux.
Amoureux épris du culte d'eux-mêmes.
Ah sûr que l'on s'aime,
Et que l'on est gris.
Ça durera bien le temps nécessaire
Pour que Jeanne et Pierre
Ne regrettent rien.
Extrait de Mortefontaine (1946)
(Mortefontaine, en Valois, est la patrie de Nerval qui inspira Carco à plusieurs reprises)
Je me souviens de la bohème,
De mes amours de ce temps-là !
Ô mes amours, j’ai trop de peine
Quand refleurissent les lilas…
Qu’est-ce que c’est que cette antienne ?
Qu’est-ce que c’est que cet air-là ?
Ô mes amours, j’ai trop de peine…
Le temps n’est plus de la bohème.
Au diable soient tous les lilas !
Il pleut dans le petit jour blême.
Il pleut, nous n’irons plus au bois.
Toutes les amours sont les mêmes,
Les morts ne ressuscitent pas.
Un vieil orgue, comme autrefois,
Moud, essoufflé « La Marjolaine ».
Ô mes amours de ce temps-là,
Jamais les mortes ne reviennent.
Elles dorment sous les lilas
Où les oiseaux chantent ma peine,
Sous les lilas qu’on a mis là…
Les jours s’en vont et les semaines :
Ô mes amours, priez pour moi…
***
Poème flou à une morte
Où va la pluie , le vent la mène
En tintant sur le toit
Et je me serrais contre toi,
Pour te cacher ma peine.
Le jardin noir aux arbres nus,
Ta petite lampe en veilleuse,
Tes soupirs heureux
D’amoureuse
Que sont-ils devenus ?
J'écoute encor tomber la pluie :
Elle n'a plus le même bruit . . .
***
Il PLEUT de (Francis Carco)
Il pleut — c’est merveilleux. Je t’aime.
Nous resterons à la maison :
Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
Par ce temps d’arrière-saison.
Il pleut. Les taxis vont et viennent.
On voit rouler les autobus
Et les remorqueurs sur la Seine
Font un bruit... qu’on ne s’entend plus !
C’est merveilleux : il pleut. J’écoute
La pluie dont le crépitement
Heurte la vitre goutte à goutte...
Et tu me souris tendrement.
Je t’aime. Oh ! ce bruit d’eau qui pleure,
Qui sanglote comme un adieu.
Tu vas me quitter tout à l’heure :
On dirait qu’il pleut dans tes yeux.
|