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Rosemonde GÉRARD ROSTAND
Louise-Rose-Étiennette Gérard, dite Rosemonde Gérard, poétesse française, est née le 5 avril 1866 à Paris où elle est morte le 5 juillet 1953.
Elle est la petite-fille du comte Étienne Maurice Gérard, héros de Wagram. Son parrain est le poète Leconte de Lisle et son tuteur Alexandre Dumas. Dodette était son surnom familier.
Son prénom de scène, Rosemonde, lui vient de sa grand-mère, Rosemonde de Valence, fille du comte de Valence et épouse du maréchal Gérard. Dans son ascendance, elle comptait aussi la célèbre Mme de Genlis. Son père était le comte Gérard, fils du maréchal. Orpheline de père, elle avait dans son conseil de famille Alexandre Dumas et Leconte de Lisle.
Rosemonde Gérard avait signé de son vrai nom « Les Pipeaux », parus en 1889.
Le 8 avril 1890, Edmond Rostand épouse Rosemonde Gérard à Paris en l’église Saint-Augustin. Cette dernière, qui demeurait alors avec sa mère, 107, boulevard Malesherbes a pour témoin Jules Massenet.
Le jeune ménage vient tout d’abord habiter 107, boulevard Malesherbes et peu après 2, rue Fortuny. C’est là qu’allaient naître Maurice Rostand, puis Jean Rostand. En 1897, les Rostand achètent, 29, rue Alphonse de Neuville, un petit hôtel qu’ils abandonnent en 1900 pour se fixer à Cambo-les-Bains.
A côté des « Musardises », et pour les mieux comprendre, il faut placer « Les Pipeaux », publiés un an plus tôt (1889). Ce sont les accents mélangés de deux jeunes poètes sentimentaux, qui sont un peu précieux l’un et l’autre et qui « raffinent » sur le double sentiment de la nature et de l’amour, avec une technique aussi savante chez l’un que chez l’autre, car Rosemonde Gérard écrit avec autant de virtuosité que son mari les poèmes à forme fixe, sonnets, triolets et rondeaux.
Elle fut avec bonheur l’âme d’une jeunesse chantante, donnant confiance à Edmond Rostand et rivalisant avec lui dans le dessein de l’encourager. Pour se convaincre de son rôle bénéfique, il suffit d’ouvrir ces légers « Pipeaux » et de les feuilleter quelques instants. La nature y est tout entière présente
‘ {Les surréalistes sont passés par là. Pourtant cette poésie savait voir, savait regarder, savait décrire. C’est pour cela qu’elle était lue par le plus grand nombre.}
Le dernier rendez-vous ou L’éternelle chanson
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s’ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos cœurs en fête,
Nous nous croirons encore de jeunes amoureux,
Et je te sourirai tout en branlant la tête,
Et nous ferons un couple adorable de vieux.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.
Sur notre banc ami, tout verdâtre de mousse,
Sur le banc d’autrefois nous reviendrons causer,
Nous aurons une joie attendrie et très douce,
La phrase finissant toujours par un baiser.
Combien de fois jadis j’ai pu dire » Je t’aime » ?
Alors avec grand soin nous le recompterons.
Nous nous ressouviendrons de mille choses, même
De petits riens exquis dont nous radoterons.
Un rayon descendra, d’une caresse douce,
Parmi nos cheveux blancs, tout rose, se poser,
Quand sur notre vieux banc tout verdâtre de mousse,
Sur le banc d’autrefois nous reviendrons causer.
Et comme chaque jour je t’aime davantage,
Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain,
Qu’importeront alors les rides du visage ?
Mon amour se fera plus grave – et serein.
Songe que tous les jours des souvenirs s’entassent,
Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens.
Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent
Et sans cesse entre nous tissent d’autres liens.
C’est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l’âge,
Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main
Car vois-tu chaque jour je t’aime davantage,
Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain.
Et de ce cher amour qui passe comme un rêve,
Je veux tout conserver dans le fond de mon coeur,
Retenir s’il se peut l’impression trop brève
Pour la ressavourer plus tard avec lenteur.
J’enfouis tout ce qui vient de lui comme un avare,
Thésaurisant avec ardeur pour mes vieux jours ;
Je serai riche alors d’une richesse rare
J’aurai gardé tout l’or de mes jeunes amours !
Ainsi de ce passé de bonheur qui s’achève,
Ma mémoire parfois me rendra la douceur ;
Et de ce cher amour qui passe comme un rêve
J’aurai tout conservé dans le fond de mon cœur.
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s’ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos cœurs en fête,
Nous nous croirons encore aux jours heureux d’antan,
Et je te sourirai tout en branlant la tête
Et tu me parleras d’amour en chevrotant.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.
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PARIS
Paris ! c’est l’esprit, c’est la grâce,
C’est un refrain, c’est un couplet.
C’est l’éternité sur l’espace,
C’est l’heure sur un bracelet.
C’est quelquefois un peu de prose
Mais c’est bien du lyrisme aussi.
C’est une corbeille de roses
Se promenant sur un taxi.
C’est un moineau parmi la neige,
C’est un pied nu sur un talon,
C’est l’argot qui veut qu’on abrège
Un tas de mots qui sont trop longs.
C’est le dernier métro qui gronde,
C’est le premier muguet fleuri,
C’est une cigarette blonde,
C’est un bateau mouche…
Paris,
C’est la rue où du soleil danse,
C’est le boulevard enchanté,
C’est une leçon de prudence,
Dans tous les passages cloutés.
C’est une main qu’on abandonne,
C’est un collier pas très en or,
C’est un rendez-vous qu’on se donne
À la Piscine Molitor.
C’est une fleur au coin d’un châle,
C’est une mode au coin d’un jour,
C’est un petit sourire pâle
Qui cache un grand chagrin d’amour.
C’est, sur un nez qui se chiffonne,
Un peu trop de poudre de riz.
Et c’est aussi le téléphone
Qui n’est jamais libre…
Paris,
C’est, lorsque le soleil qui passe
Retarde un peu l’heure d’été,
Toutes les fontaines Wallace
Où l’eau fraîche est en liberté.
C’est, lorsque la lune apparue
Magnétise le soir tombant,
Des rêves dans les vieilles rues
Et des baisers sur les vieux bancs.
C’est, lorsqu’après mille secousses
On a voyagé n’importe où,
Le premier cri toujours qu’on pousse :
« Ah ! Paris ! c’est plus beau que tout ! »
C’est l’Obélisque sans rivale !
L’Arc de Triomphe ! le Grand Prix !
C’est le silence d’une salle
Dès qu’on parle à son cœur…
Paris,
C’est Lindbergh dont l’aile tressaille
Sans un quart d’heure de retard.
C’est un vers d’Anna de Noailles,
C’est un mot de Tristan Bernard.
C’est un cornet de cacahuètes,
C’est un jouet sur le trottoir,
C’est le cœur d’une midinette,
C’est le cri des journaux du soir.
Paris ! ça tremble et ça respire,
C’est tout en fleur et tout en or.
C’est bleu, c’est blanc, c’est vert, c’est pire !
Paris ! ah ! mon Dieu ! qu’est-ce encore ?
Paris ! c’est un bateau sans voile
Que la fantaisie aura pris.
Paris ! c’est peut-être une étoile ?
Paris, c’est…
Enfin, c’est Paris !
L’amour
On peut, dans un amour, garder la foi profonde,
La volupté du soir et la fraîcheur du jour :
Mais ce n’est qu’au début magique de l’amour
Qu’on est réellement tous les deux seuls au monde.
On peut garder l’étoile et l’oiseau qui prélude
Et le jardin qui tremble au bruit vert du râteau :
Mais la miraculeuse et double solitude,
Hélas, le temps jaloux nous la reprend bientôt.
Et, bientôt, sur la route adorable et profonde,
Où l’on allait vraiment tous les deux seuls au monde,
On s’arrête… on entend d’autres pas… d’autres voix…
Et c’est, remplissant l’air d’un écho qui déchire
Et murmurant des mots qu’aucun mot ne peut dire,
Le couple des amants que l’on fut autrefois !
Rosemonde Gérard
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