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Voici l'heure délicieuse où le coeur aime à s'alanguir. Non ce n'est pas la nuit encore, mais déjà ce n'est plus le jour. C'est le moment crépusculaire, où s'unissent brièvement, l'éveil de l'âme toute entière et l'engourdissement du corps. Et le silence qui s'installe, sur le triple octave du temps, donne la clef et la cadence aux jeux de l'amour à venir. Chacun se sent au fond de lui, artiste, amateur de beauté, confond le rêve et la folie, ses émois et la poésie, reste pensif au clair-obscur, imagine ce qui lui manque, supplée aux caprices usés, met de la magie au décor, illumine ses illusions -masque à tout ce qu'il ne peut pas -oubliant l'échec et la mort.
Et l'aile de la volupté, qui se lève à l'heure de nuit, distille ses graines d'encens. ( Le soir se fait thuriféraire puisque l'encens veut l'encensoir). Ainsi ces parfums capiteux venus du fond de l'Orient baigner la femme que l'on aime et qui vieillit tout doucement. Dans ses yeux la mélancolie est juste comme en ce moment, moitié-ombre, moitié-lumière, le reflet bref du temps présent.
Betton septembre 2000
Extrait de "petits écrits de NUIT"
Livre 3 : "Les nuits d'Automne"
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