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Du jour où je perçais
Je connus le succès
Aux premiers jours de mai
A peine sortie du nombre
Déjà l’on m’accusait
De vouloir faire de l’ombre
Nous vivions à l’étroit
Mes sœurs jumelles et moi
De mai jusqu’à mi-août
La sève montait en nous
Et durant tous ces mois
Nous chantions à pleine voix
J’en parle avec émoi
Je croissais à vue d’œil
Dans ma vie sans écueil
J’étais polie et lisse
Profonde comme un miroir
Les hommes de grands savoirs
Se pressaient pour me voir
J’attirais les regards
Tous me trouvaient jolie
Mais mon lustre a pâli
Fini la chlorophylle
Quand la source est tarie
Les amis se défilent
Cà je l’ai vite compris
Quand s’est cassé le fil
Plutôt que faire mon lit
Comme la plus part des feuilles
Là où le vent nous pousse
Dans les planches d’un cercueil
J’ai fait des pieds des mains
Auprès du genre humain
Pour qu’il m’ensevelisse
Dans les pages d’un recueil
Eclairant la frimousse
D’un petit écureuil
A peine je n’étais plus
Les hommes m’ont élue
La plus belle des feuilles
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