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BOREDOM

le vendredi 25 novembre 2011, à 11:53. Posté par Philip de Berg (auteur : Un traducteur de Baudelaire)


    BAUDELAIRE TRADUIT EN ANGLAIS :

    If rape and poison, dagger and burning,
    Have still not embroidered their pleasant designs
    On the banal canvas of our pitiable destinies,
    It's because our souls, alas, are not bold enough!

    It's Boredom! — his eye brimming with spontaneous tear
    He dreams of the gallows in the haze of his hookah.
    You know him, reader, this delicate monster,
    Hypocritical reader, my likeness, my brother!

    VOICI LE POEME AU COMPLET (les deux quatrain dont j'ai trouvé la version anglaise sont le 7ème et le dernier

    La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
    Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
    Et nous alimentons nos aimables remords,
    Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

    Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches;
    Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
    Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
    Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

    Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
    Qui berce longuement notre esprit enchanté,
    Et le riche métal de notre volonté
    Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

    C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent.
    Aux objets répugnants nous trouvons des appas;
    Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,
    Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

    Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
    Le sein martyrisé d'une antique catin,
    Nous volons au passage un plaisir clandestin
    Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

    Serré, fourmillant comme un million d'helminthes,
    Dans nos cerveaux ribote un peuple de démons,
    Et quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
    Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

    Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,
    N'ont pas encore brodé de leurs plaisants dessins
    Le canevas banal de nos piteux destins,
    C'est que notre âme, hélas! n'est pas assez hardie.

    Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
    Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
    Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
    Dans la ménagerie infâme de nos vices,

    Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde!
    Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes, ni grands cris,
    Il ferait volontiers de la terre un débris
    Et dans un bâillement avalerait le monde.

    C'est l'Ennui!- L'oeil chargé d'un pleur involontaire,
    Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
    Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
    Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère!

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commentaires ( 9 ) (Ajouter un commentaire)
Loïc le vendredi 25 novembre 2011, à 12:58

http://c.tro.free.fr/index.php?rep_c=poemes&fic_c=bodelair

C'est une page avec le poème en VF. Du vrai bon Baudelaire, et effectivement, on dirait qu'il n'y a pas de titre. Le poème est très long, il faut descendre pour trouver ce tout petit passage (en deux fois, les deux quatrains ne se côtoient en fait pas).

En ce qui concerne la version anglaise, je touve que c'est traduit un peu mot à mot en collant au texte au maximum sans toujours respecter les différences d'expression entre anglais et français. Par exemple "pitiable" est la traduction trop directe de "piteux", quand "miserable" serait plus naturellement employé. Et "burning" à la place d' "incendie" ? Là on se demande ce qui lui est passé par la tête ! "Fire" ou "flame"... mais "burning"... Et encore "my likeness" pour "mon semblable" ??? Maladroit. Plutôt "my peer", "my reflection", je ne sais pas...

Mais tu risques de m'apprendre que c'est un Lord anglais qui a traduit ça il y a 100 ans et qu'il parle mieux que moi ! J'aurai l'air bête. Mais comme ça, d'instinct, je dirais que c'est un Français qui l'a fait. Je me demande si Ivy passera et ressentira le même sentiment que le texte est très légèrement maladroit...

J'y pense, toi qui aimes bien l'anglais, tu peux voir sur cellox le seul poème que j'aie écrit en anglais, "The White Walls". Un truc assez bizarre, où là aussi, on sent que c'est un Français qui écrit !

En passant, je te conseille de chercher sur Internet les poèmes (en VO, bien sûr !!!) de Dylan Thomas, le Baudelaire gallois. Tu as peut-être entendu parler de son chef-d'oeuvre classique "And Death Shall Have No Dominion". A ne pas rater. Voilà le genre de poète qui m'inspire !

Amitiés Philip !

Loïc le vendredi 25 novembre 2011, à 13:06
Ah si, apparemment il y a un titre. C'est "Au Lecteur".

"La sottise, l'erreur, le péche, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent.
Aux objets répugnants nous trouvons des appas;
Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de démons,
Et quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,
N'ont pas encore brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C'est que notre âme, hélas! n'est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde!
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes, ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde.

C'est l'Ennui!- L'oeil chargé d'un pleur involontaire,
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère!"


Charles Baudelaire

Tu devrais copier-coller ça sous la trad et effacer ce com.

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 25 novembre 2011, à 14:00
Merci Loïc, pour tes recherches (que tu m'as ainsi évité de faire), fort instructives au plan sémantique entre autre. C'est marrant, car ayant non pas une traduction, mais le texte original de Baudelaire, on voit bien que c'est en effet un mot à mot très serré, avec des maladresses comme "burning" comme tu le soulignes. N'ayant pas eu le texte français, j'avais traduit, dans le contexte, burning par brûlure, une brûlure toujours présente, active (d'où le "ing" final).
Amusant aussi, j'ai été déçu de voir que Baudelaire avait écrit "hardie", qui ne me conviens pas. J'avais traduit bold par audacieuse et même par "impertinente" (bien que l'anglais impertinent existe). C'est pour ça que j'ai écrit que "our souls are not bold enough" était superbe. Sauf qu'en anglais il n'y a donc qu'un seul mot pour signifier audacieux, intrépide, voire hardi.
Last but not least, notons que Baudelaire lui, a beaucoup plus pertinemment traduit Edgar Poe (que tu as sans doute lu aussi en anglais) avec beaucoup de nuances très fines, sans s'éloigner de l'Idée.
Bon je laisse ces com' jusqu'à ce qu'Ivy nous donne son point de vue, puis je les effacerai et mettrai la trad sous le poème.
IVY, dépêches toi de mettre ton grain de sel !
Encore merci. Amitiés. Philip
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 25 novembre 2011, à 14:03
Au fait, Loïc, bien entendu, je vais aller lire tes "White walls" et aussi faire un tour chez Dylan Thomas que je n'ai lu qu'en français, jusqu'alors. Dans tout ça, je n'aurai pas le temps de composer aujourd'hui. Phil
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 25 novembre 2011, à 17:37
Oh, chère Rose, ne soit pas vexée. Je ne dédie pas, non pas mon oeuvre, mais un bout de poème de Baudelaire que j'ai trouvé, traduit en Anglais, à Loïc et Ivy, mais tout simplement je suis anglophile et Loïc est dans une autre vie prof d'Anglais et Ivy, anglaise de naissance. Bon j'ai bien conscience que ces discussions de cheveux coupés en 4 entre anglophiles ne vont pas trop dans le sens du partage que veut notre communauté. Je te souhaite à mon tour un excellent WE qui j'en suis sûr t'inspirera. Au plaisir de te lire. Amitiés. Philip
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

imparfaitlibre le vendredi 25 novembre 2011, à 23:07
--J'adore ce poème de Baudelaire car il n'est pas tendre mais tellement vrai!!
amitiés sincères Philip.--
http://www.mespoemes.net/imparfaitlibre

Loïc le dimanche 27 novembre 2011, à 19:36
En fait, pour critiquer un mot qu'un auteur classique a employé (je pense à "hardie"), il faut savoir une chose extrêmement cruciale : non seulement la poésie classique est écrite en alexandrins (en général), mais ses règles de rimes sont très, très strictes (on ne fait pas juste rimer deux sons comme on veut, des tas d'autres règles entrent en compte pour une rime acceptée).

Alors va savoir si "hardie" était vraiment le mot que B voulait employer ici ! Mais il n'avait, à mon avis, pas le choix : il FALLAIT que ça rime avec "incendie", rime féminine en IE avec consonne d'appui D pour une "rime suffisante" ; et puis audacieuse (qui en classique prend une diérèse, "au-da-ci-euse"), est un mot très long qui allait manger un tiers du vers et handicaper la formulation du reste de la phrase. Pareil pour "impertinente".

Donc va savoir, B voulait peut-être un meilleur mot, mais "hardie" était le plus utile ici. Et puis... peut-être qu'il voulait VRAIMENT utiliser "hardie", et que c'est "incendie" qui rime avec et non l'inverse...

Très dur le classique (j'en sais quelque chose). Si tu t'y essaies un jour, tu verras !

Amitiés !

debbie le vendredi 30 mars 2018, à 15:13
Bonjour Philip très belle traduction des ces deux quatrains ! J'avoue c'est pas mon poème préféré de Baudelaire....
Bon weekend
Amitié
Debbie

Philip (Jardin de Lune) le dimanche 01 avril 2018, à 07:44
Bonjour Debbie.
Merci d'avoir retrouvé toute seule Boredom et de l'avoir commenté.
Mais, oups ! Je ne me souvenais plus,
j'avais pensé avoir écrit personnellement mon propre "Boredom" en anglais, c'était celui de Baudelaire !
Où son mes rares poèmes en Anglais ?
Il y en a un qui s'appelle "The thread". Un autre, mais, je ne me souviens plus du titre ???? Tant de poèmes en presque 7 ans.
Amitiés. Philip

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