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Je souhaite la bonne année à ceux qui souffrent d’avoir faim
et demeurent, par cette vie, toujours déçus et désespérés,
à ceux qui ne rêvent pourtant plus déjà de se lever matin
et d’aller au loin embrasser l’espoir terrible et fou d’être aimés…
Je souhaite la bonne année à toutes les âmes meurtries
aux cœurs grands ouverts aux harmonies de la vie,
à cette idylle de naguère que j’ai cru vivre un jour
à ces âmes sensibles toujours éprises du grand amour.
Je souhaite la bonne année à ceux qui proclament la liberté,
qui n’ont ni demeure ni famille ou amis en cette vie amère
ni d’espoir pour effacer le douloureux poids des leurres
et devenir sourds aux promesses souvent aux orties jetées.
Je souhaite la bonne année à cet enfant qui nait,
tend déjà, haut, les deux bras vers la liberté.
et, balbutiant des sons inaudibles dans sa prison nouvelle
se résigne enfin à s’endormir, pâle étoile tombée du ciel…
Je souhaite la bonne année à vous, hommes d’aujourd’hui
sentiments matérialisés, moments creux assoiffés d’intimité,
courses folles contre le temps, nuit sans sommeil où pleure la vie !
Je vous la souhaite malgré tout, malgré vos desseins vils inavoués !
Je souhaite la bonne année à cette Nature triste et abandonnée,
à ces fleurs toujours piétinées, stigmatisant la nudité honteuse de nos mains,
à ce vieux chêne esseulé et livré aux ramages soudain tristes des sereins
et à ces pauvres bêtes abandonnées et pourtant dans la nature même égarés !...
Je souhaite la bonne année aux amis partis chercher un meilleur oubli,
à ma famille dispersée au gré de cette vie qui nous a beaucoup séparés,
a ma femme, mes chers enfants, seul appui dans cette vie bête à pleurer,
à moi enfin, rêveur impénitent, accoudé au bastingage lourd d’un bateau qui partit…
Slim le poète.
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