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Les mains de mon père
J'avais quelques années, pas beaucoup plus que trois,
Je me souviens encore des mains de mon père,
Malgré mon très jeune âge en ce temps d'autrefois,
Étrange souvenir auquel je me réfère.
Elles étaient à mes yeux d'étranges créatures,
Qui parfois se mouvaient comme des automates,
De leurs doigts élancés, elles se transfigurent
En dix marionnettes aux couleurs écarlates.
Mes yeux écarquillés les fixent longuement,
Laissant l'enchantement opérer son manège.
Je crée ce théâtre, de mes rêves d'enfants,
Qui s'anime soudain avec ses sortilèges.
Qu'importe leurs gestes, puisqu'elles m'obéissent,
Chacun de mes désirs, invente à volonté,
Tous ces artifices, qui comme des esquisses,
Se draperaient ici en guignol inventé.
Et tant que mon papa en mimant tous ses dires.
Souligne de ses mains les potins du moment,
Je conçois mon œuvre de ce qu'elles m'inspirent,
Pour me satisfaire, témoin de cet instant.
Puis elles s'arrêtent, se posent sur la table,
Leurs teintes sont cuivrées, burinées par le temps,
De leurs doigts enlacés qui semblent insondables,
A mes yeux de bambin privés d'envoûtement.
Adieu Jean de la lune et toi bel Arlequin,
Le clown a disparu, le rideau est tombé.
Tous ces petits mômes et ceux dans les gradins,
Spectateurs de l'instant se sont évaporés.
André 21 Juillet 1991 (N°03)
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