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Balade de printemps
En cette fin de printemps, pour un long week-end, j’ai décidé de fuguer au cœur de la France profonde. L’Auvergne et ses massifs étaient mes sujets bucoliques du moment. Fuir quelques jours, mon Paname avec ses embarras, son stress et tout le toutim, serait trop long à vous énumérer. En un mot me ressourcer, était ma préoccupation du moment…
Un petit village déniché au hasard, sur la carte Michelin me sollicita par l’énumération de ses sites et de son lac. Ce peu de précision fut une invite à ma curiosité…
C’est dans cet esprit, et ma fidèle « deudeuche », qu’une matinale journée me surprit à fuir la capitale, par sa porte d’Orléans, via cette Auvergne si convoitée.
Le teuf-teuf, si familier de cette divine Citroën, ne me laissait que le plaisir des yeux pour admirer les paysages. Quand à l’ouïe, il était en éveil par le bruyant ronronnement mécanique et rassurant qui se suffisait à lui-même ? Une radio eut été superflue !
En fin d’après-midi, après de nombreuses sinuosités et quelques demi-tours, je tombais littéralement sur la borne Michelin où trônait le but de mon périple.
Une vicinale, connue des initiés, me tendait son chemin légèrement raviné, qui s’élançait à l’assaut de ce village flanqué sur la colline. Agrippé dans son bel écrin de verdure, il était là… De loin son aspect m’avait conquis, et c’est tout heureux avec ma deudeuche, un peu poussive, que nous gravîmes cette pente vers cet eldorado de fin de semaine... !
En son centre, une petite auberge sympathique, au demeurant accueillante, matérialisa ce rêve que je prônais pour mon escale. Cette place ombragée, où la terrasse y empiétait sans vergogne, l’envahissait de ses tables marbrées. Libres, elles se prélassaient dans l’attente du client. C’était pour le citadin que je suis, le paradis céleste enfin à ma portée. Sans plus réfléchir, ma décision fut prise dans l’instant pour l’opportunité dans saisir les clefs…
Soudain, le clocher martela ses bronzes des six coups de fin de journée. L’heure était propice lorsque j’entrai dans le café. Une certaine effervescence y régnait, léger brouhaha de discutions inaudibles. Des relents de vins se mélangeaient avec l’odeur des volutes de fumées bleutées. Ils donnaient à ce décor, la patine du temps venant d’un autre âge. Le cadre vieillot du comptoir, se figeait admirablement dans ces lieux. C’était le bistrot de mon enfance que mes yeux redécouvraient dans ce cadre suranné… J’étais conquis.
La patronne, accorte au possible, s’enquerra de ma visite. Le pourquoi de ma venue vite expliquée, quelques minutes suffirent pour être accepté et me retrouver dans une chambre accueillante et plus que convenable.
Rendez-vous fut pris pour dix neuf heures trente précises pour le dîner dans une salle attenante, entr’aperçue, où quelques tables, superbement dressées, y trônaient.
A la fin du dîner, mes hôtes m’ont vantés les sites à visiter et à ma demande, ils me donnèrent quelques précisions sur ce fameux lac qui était le joyau du coin.
** A quelle distance est-il ? demandais-je.
** Quelques encablures...
Devant cette approximation maritime et mon air étonné, ce furent en heures de marche que l’on me l’indiqua.
** Disons, deux à trois heures, cela dépend de vous !
Après quelques banalités échangées sur d’autres sujets sans importances, le besoin de me reposer se fit sentir et c’est sans me faire prier que je montais me coucher.
Donc c’est fort de ce pronostic, que l’aube naissante me trouva harnaché pour affronter cette marche, grosso modo, minutée.
Cette journée s’annonce sous les meilleurs auspices. Le ciel est dégagé et le soleil vient de sourdre aux ras des collines qui se profilent au levant. Affublé d’un gourdin en guise de canne, je prends le sentier caillouteux qui serpente, sans effort apparent, vers les hauteurs de ce mamelon.
Ma démarche de citadin me trahit par deux fois ! Ce raidillon empierré est déjà à lui seul une entrave pour cette escalade. Quand à son serpentement, mon allusion première fut sévèrement mit en brèche par le suintement de mes efforts qui perlent sur mon front. C’est à ce moment là que j’analyse toute la subtilité d’évaluer la distance en temps et non en hectomètres... Malgré ces handicaps, mon ascension, avec ses pauses répétées, me laisse admirer ce sublime panorama qui se dessine dans cette aurore bien éveillée. Mon gîte du départ décline de plus en plus et seul, maintenant, le village entier semble tapi dans une brèche de verdure.
Cette solitude et ce silence aiguisent tous mes sens. Vraiment, à ce moment là, je suis comme libéré de toutes les contingences matérielles de ma vie personnelle… En un mot, je suis épris de cette immense liberté qui m’est donnée…
Mes efforts étant enfin récompensés, j’arrive au terme de ce raidillon qui a malmené et endolori mes mollets. Mais ces inconvénients de novice en escapade, furent balayés par la vision du site qui se profile à mes yeux fascinés et éblouis. Le décor en vaut la chandelle car il s’étend tout autour de moi. Une multitude de collines à l’horizon se différencient, soit, par leurs aspects ou leurs couleurs. Encore quelques dizaine de pas, sur cette plate forme en surplomb, avant d’aborder la descente vers ce lac tant convoité. Je m’avance, traînant le pas, pour me laisser du temps à la contemplation. Je savoure avec excès ce panorama qui m’est offert.
J’amorce doucement la descente, sinueuse à souhait. Elle se faufile entre les rochers, jouant à cache-cache, parmi d’épais buissons d’aubépines aux exquises senteurs. Je puise tous ces effluves, avec volupté, pour qu’ils m’enivrent à satiété. Cette ivresse naissante, ô combien vivifiante, allège mon allure qui devient plus fringante…Dans ma tête, en sourdine, trotte la chanson « que la montagne est belle » et je rends hommage à Ferrat d’avoir si bien évoqué ces décors de rêves…
Soudain, au détour d’un lacet se dévoile l’enchantement ? Le lac est là, à porté de regard, enchâssé entre deux collines boisées. Elles l’enserrent, tel un diamant serti au sein de cette majestueuse parure. Le ciel, en bleu délavé, se mire en surface et le soleil, en pied de nez, se baigne entre deux eaux. Spectateur du moment, je jouis de cet étrange mirage.
Je suis là, immobile, fixé dans l’échancrure d’une trouée luxuriante où quelques cris d’oiseaux, en chamailles, hantent cet abri de fortune. Mes yeux caressent ce fabuleux paysage, qui s’y reflète, avec sa magnificence palette de couleurs inversées. Le décor est somptueux et je ne cesse d’admirer toutes ces esquisses. Un jour, sûrement en tableaux, elles s’imposeront dans mes pensées. Car cette nature, divinement représentée, m’offre l’émerveillement de sa belle harmonie si bien ordonnancée.
Je poursuis ma descente, jusqu’à son bord, à en caresser les contours. Des clapotis, de poissons affamés, forment çà et là des spirales qui ondulent en surface. Plus loin des hirondelles effleurent son miroir bleuté, de sillons éphémères. Quelques cygnes majestueux glissent immobiles comme poussés par la brise. De légers tourbillons excitent sa surface de caresses divines, qui se transforment en fines vaguelettes. Je suis médusé par tant de beauté. Contemplatif et captivé, je savoure cette offrande que me donne ces lieux remplis de sérénité.
Je profite de cette douce errance pour flâner, légèrement en retrait, dans cette bordure de haute futaie. L’ombre feuillue laisse clignoter des rais de soleil que la brise orchestre en mille artifices. Cette voûte végétale, vaste cathédrale de verdure, impose le silence comme une invite au recueillement.
A quelques pas de là une bande sablonneuse plonge dans ses eaux d’une rare pureté. Sur le sable doré, des poissons aux écailles magiques, m’offrent un tourbillon d’une rare élégance. Leurs chassés-croisés s’entremêlent, sans répit, en ballets ordonnés. Et pour clore ce spectacle, des canards sauvages harassés par leur vol, amerrissent en son centre, projetant d’éphémères jets d’eau en rouleaux scintillants.
Un tronc d’arbre, échoué depuis belle lurette, m’accueille comme fauteuil de balcon, dans ce théâtre permanent que m’offre ce site sans pareil. C’est en grignotant un quignon de pain bardé de pâté et quelques menus cornichons, que le soleil en déclinant, me lance l’invite pour le retour…
C’est de ce décor de rêve, qu’avec peine je m’arrache… Ma tête est pleine de tous ces fastes engrangés. La mélancolie, que m’inspirent ces lieux, m’escorte tout au long du retour. Le ciel se teinte, de l’ombre du soir. Vénus, au-dessus d’une colline, me fait des clins d’œil de lumières argentées. La pénombre doucement se nuance de lueurs, sur les flancs des collines. C’est autant de vers luisants, accrochés aux fenêtres des maisons qui se sont closent à la fraîcheur du soir…
Aussi tôt le dîner englouti, je rejoins ma chambre. Harassé mais heureux de mon périple, je sombre dans une longue nuit... Ce sommeil réparateur agrémente mes rêves de toutes les couleurs, que j’ai engrangées au cours de cette longue balade qui a taguée mes pensées.
Le lendemain fut un autre jour...
(N°00) André le 19 Février 2010
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