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ABSINTHE AMERE
De quelle absinthe amère ai-je abreuvé mon coeur,
Que son ivresse éveille à l'instant la rancoeur
Qui sommeillait en moi ? Fallait-il que revienne
Submerger ma raison cette souffrance mienne ?
Nous nous étions jurés en serment solennel,
De garder l'un pour l'autre un amour éternel...
Quel importun fantasme en mon âme offensée
Présente à mon regard cette image glacée :
J'étais là, contre toi, mes cheveux dans ton cou,
Dans ce bar où, glissant à mon doigt ce bijou,
Tu m'as dit : "Attends-moi, je vais prendre les armes
Pour un lointain pays..." en ignorant mes larmes.
Depuis, je viens ici chaque soir et j'attends.
Si mon verre s'emplit c'est pour passer le temps,
Et j'enivre jusqu'à l'ultime déchéance
Ce tourment précurseur d'une morne échéance...
Peut-être, un soir d'hiver, ici comme autrefois
Pour moi reviendras-tu, portant haut ton pavois ?
Où serai-je, mon Dieu ! Depuis longtemps la Parque
Et le sombre nocher m'auront prise en leur barque...
Comme il pèse, inutile, à mon doigt cet anneau !
Ses feux brûlent mes yeux, j'en maudis le fardeau...
Pour tenter d'oublier ce témoin de ma peine,
Je bois tout le chagrin dont cette coupe est pleine.
Mona
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