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Ce soir là, un doux silence exhorta mon âme sensible au rêve et à l’oubli.
Un vent frais, légèrement parfumé par la première germination des roses, vint, charmant précurseur !, me dire l’avènement de la divine création que J’étais las d’attendre.
Ma soif fut étanchée. J’étais gai et, sitôt dans l’immensité formidable de la nuit, je me sentis comme enveloppé d’une douceur ineffable mêlée à une singulière ivresse et à laquelle je ne me serais jamais soustrait si, faible créature que j’étais, je n’avais succombé aux effets conjugués de l’engouement et de la mélancolie.
Hélas ! Comme témoin à mon état euphorique, seule mon ombre furtive m’assistait…
C’en était trop pour une âme aussi frêle et sensible que la mienne !...
Les parfums venant des champs lointains, le retour silencieux des hirondelles auquel, ému, j’assistais, le ciel parsemé d’innombrables scintillements, le souffle épuisant des plantes que je sentais frémir sous mes pieds, tout cela m’enivrait, m’enchantait à un tel point que je voulais pleurer afin que les plantules, davantage arrosées de mes larmes, pussent, dans la nuit douce et étoilée, éclore dans la terre moite et annoncer, d’un souffle léger et parfumé le retour du printemps à toutes les âmes de l’univers.
C’en était trop pour une âme aussi frêle et sensible que la mienne…
Il est des moments où le cœur, aux prises d’une soudaine mélancolie, ne cède qu’au besoin de tout donner. Ne rien recevoir en échange si ce n’est le bonheur d’une sempiternelle sérénité. Tout pardonner, tout chérir jusqu’à cet ennemi dans la raillerie triomphant, tout sacrifier y compris ma propre personne pour espérer voir un moineau quitter sa cage.
Tout en marchant dans la nuit calme et profonde, Je songeais que je pardonnais tout, absolument tout au fond de moi-même, je me sentais capable de ne rien faire, sinon d’aimer, non aimer pour recevoir mais aimer sans espoir de retour, aimer pour aimer, pour voir sourire de nouveau à la vie tous ceux qui, lésés dans leur vie de tous les jours, restaient dans l’attente d’un petit souffle d’espoir, d’un mot, d’une rencontre à la croisée des chemins, d’un café chaud devant le percolateur dans le petit matin, aux côtés d’un ami retrouvé…
Perdu dans mes pensées, je marchais, sans but précis, des miracles pleins les oreilles, si bien enivré par tant de merveilles que j’avais une hâte folle de connaître l’issue de cette extraordinaire escapade nocturne. L’envie, impérieuse, me prenait de vouloir courir, pleurer de joie et crier mon bonheur à tous ceux qui, en ce moment là, dormaient déjà dans un monde meilleur…
Oui, vraiment, c’en était trop pour une âme aussi frêle et sensible que la mienne…
Oh Seigneur ! En cette douce saison où la nature toute entière semblait si bien se faire et se défaire, en ce moment même où les parfums des champs lointains mêlés aux magnifiques chants des oiseaux nocturnes prenaient par miracle l’immensité des vertus humaines, que ne donnerais-je, que ne sacrifierais-je pour espérer caresser le visage de mon premier amour de ce souffle épuisant que déverse dans la plaine chaste et ondoyante l’haleine de tant de boutons de roses !...
Car, Seigneur, c’en était trop pour une âme frêle et sensible comme la mienne…
Slim le poète.
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