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L' Ecole de la Poésie (Léo Ferré)

le jeudi 03 mai 2012, à 09:49. Posté par COLLECTIF (auteur : Léo Ferré)





    La poésie contemporaine ne chante plus, elle rampe
    Elle a cependant le privilège de la distinction
    Elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore
    On ne prend les mots qu'avec des gants
    À menstruel, on préfère périodique
    Et l'on va répétant qu'il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires et du codex

    Le snobisme scolaire qui consiste, en poésie, à n'employer que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baise-main
    Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baise-main qui fait la tendresse
    Ce n'est pas le mot qui fait la poésie mais la poésie qui illustre le mot
    Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes

    Le poète d'aujourd'hui doit être d'une caste, d'un parti ou du Tout-Paris
    Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé

    La poésie est une clameur
    Elle doit être entendue comme la musique
    Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée dans sa typographie n'est pas finie
    Elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche

    L'embrigadement est un signe des temps, de notre temps
    Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes
    Les sociétés littéraires, c'est encore la société
    La pensée mise en commun est une pensée commune

    Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes
    Renoir avait les doigts crochus de rhumatisme
    Ravel avait dans la tête une tumeur qui lui suça d'un coup toute sa musique
    Beethoven était sourd
    Il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok
    Rutebeuf avait faim
    Villon volait pour manger
    Tout le monde s'en fout !
    L'art n'est pas un bureau d'anthropométrie
    La lumière ne se fait que sur les tombes

    Nous vivons une époque épique
    Et nous n'avons plus rien d'épique
    La musique se vend comme le savon à barbe
    Pour que le désespoir même se vende, il ne reste qu'à en trouver la formule
    Tout est prêt : les capitaux, la publicité, la clientèle
    Qui donc inventera le désespoir ?

    Avec nos avions qui dament le pion au soleil
    Avec nos magnétophones qui se souviennent de ces voix qui se sont tues
    Avec nos âmes en rades au milieu des rues
    Nous sommes au bord du vide, ficelés dans nos paquets de viande, à regarder passer les révolutions

    N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres

    Les plus beaux chants sont des chants de revendication

    Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations
    À l'école de la poésie, on n'apprend pas !
    On se bat !


    Léo Ferré

    http://youtu.be/OAdoj_fVsuY





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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
claude le vendredi 04 mai 2012, à 00:24
SUBLIME Léo Ferré!!!!!!!!!! que dis je
quand on a écrit ça on peut s'arrêter d'écrire.

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