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A mon oncle Henri
Comment parler de toi ? Je veux te présenter
Sans aucun artifice et nulle flatterie.
Simplement découvrir ce que tu as été,
Au cours de brefs instants, quelques années de vie.
Quand je t'ai rencontré pour la première fois,
En l'an quarante six, un jour de permission.
Tu étais chez ma tante et travaillais le bois
D'un meuble de style, simple réparation.
Un Maître ébéniste, tel était ton métier.
Je te revois encore en salopette bleue,
La casquette, vissée, en toile à damier,
Le crayon sur l'oreille et ton air chaleureux.
Toujours d'humeur égale et le refrain aux lèvres,
La mine réjouie à l'écoute du monde,
Tu ciselais les mots comme ferait l'orfèvre,
Qui affine son parlé avec sa faconde.
C'est vrai que ton argot, la belle langue verte
Sortant de ta bouche de titi parisien,
Imageait tes propos de façon très alerte,
En diplôme des rues digne d'un capésien...
Tu es né à Paris au quartier Belleville,
Dans ce coin populaire et ses chanteurs de rues,
Tu fredonnais leurs airs, pour toi c'était facile,
Car ton filet de voix nous avait convaincu.
Derrière tes allures se pointait gavroche,
Avec sa malice mélangée de gouaille,
Au verbe familier celui qui nous accroche
Et que nous aimions tant, car jamais il ne raille.
Ta haute silhouette aux épaules voûtées,
Se traînait lentement au rythme de tes pas,
Déambulant ainsi en lustrant le pavé,
Qui tant de fois t'a vu à la peine ici-bas.
Et tout au long des rues, tes amis, tes copains,
Te lançaient à tous vents en signe d'amitié,
Salut, comment ça va, car ce n'est pas en vain,
Qu'on garde l'estime sans avoir à prier.
Puis le temps s'est enfui et tu t'en es allé,
C'était à la Toussaint en l'an cinquante neuf.
Pour la première fois, tu nous as tous peinés,
Par ce brusque départ qui n'était pas du bluff.
Maintenant il est temps de te rendre hommage,
Devenu mon oncle, tu fus plus qu'un ami.
Avec ce long recul maintenant j'ai ton âge,
Et depuis ces années j'envie ta bonhomie.
(Poème 05) André le 23 septembre 1991
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