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Le testament d'Azathoth (suite 3)

le lundi 18 juin 2012, à 16:52. Posté par Philip de Berg


    Je pourrais multiplier les circonstances et les témoignages où Abbott Clearwater était mêlé de loin où de près à des faits qualifiés souvent d’abominables, d’autant plus horrifiques qu’ils ne recevaient aucune explication. Originaire d’Albany, bien qu’il fit la plupart de ses études dans le Wisconsin, il était revenu fréquemment, avant de s’établir en Nouvelle Angleterre, dans la capitale de l’état de New York, et c’est là qu’il se lia d’amitié avec un autre de ses compatriotes à la notoriété bien établie dans le domaine de l’étrange, je veux parler ici de l’excentrique Charles Fort. On raconte d’ailleurs que c’est Abbott qui avait soufflé à Fort les trois premières phrases de son célèbre « Livre des damnés », je veux parler de cet inquiétant avertissement qui commençait par ces lignes : « Une procession de damnés. Par les damnés j'entends bien les exclus. Nous tiendrons une procession de toutes les données que la Science a jugées bon d'exclure. »

    Entre-temps je m’étais fait une assez bonne réputation de journaliste spécialisé dans les faits divers insolites, et après avoir quitté Boston, je m’étais définitivement établi à Providence où, ma jeune réputation me précédant, je rejoignais l’équipe rédactionnelle du « Westerly Sun », un journal diffusé dans tout l’état de Rhodes Island et le sud du Connecticut. Ainsi, les mois passant depuis mon arrivée dans cette ville sans grand attrait, il faut bien le dire, qu’était Providence, je m’enorgueillissais jour après jour de mes articles paraissant sous la signature de « Augustus Roderick Campbell ». Clin d’œil du destin ? Je n’étais pas peu fier de porter comme deuxième prénom, celui-là même que le grand Edgar Allan Poe avait donné au maître des lieux de sa fameuse nouvelle « The fall of the house of Usher ». L’histoire de cette aristocratie dégénérée m’avait d’ailleurs toujours impressionné dès mes années d’adolescence et j’étais loin de me douter que mes investigations dans le monde de l’étrange allaient me faire rencontrer de tels échantillons d’humanité, notamment lors des quelques circonstances qui me conduisirent, bien contre ma propre volonté, dans la cité croupissante d’Innsmouth.
    C’est en préparant une série d’articles sur Benedict Joseph Fenwick, évêque jésuite de Boston au siècle dernier, que je devais retrouver Abbott Clearwater qui me fit de stupéfiantes révélations. C’était, en ces circonstances, la première fois que le professeur m’accordait de son temps personnel, et j’eus la faiblesse de croire qu’il me prit en amitié. Mes recherches s’étaient orientées vers cet étrange épisode de la vie du Couvent des Ursulines, du nom même d’un établissement religieux français, qu’avait fait édifier le Bishop Fenwick à Charleston, Massachussetts, grâce à sa notoriété et à son influence épiscopale.
    Le 11 août 1834, le couvent fut détruit par les mains d'une foule fanatique. Si l’histoire, aujourd’hui bien connue du « Ursuline convent riots » relate les tensions subies par les bostoniens protestants, du fait de l'afflux croissant de catholiques irlandais, la réalité à la source de cette émeute incendiaire semblait toute autre. Les journaux locaux avaient commencé à publier des histoires sur une femme mystérieuse, vraisemblablement Rebecca Reed, qui avait été retenue contre son gré dans le couvent.
    Ce que très peu de gens savaient, c’est que Sister Rebecca appartenait à une très vieille famille de Salem, dont elle cachait ses origines, et passait chez quelques personnes informées, pour une sorcière.
    « Et encore, vous ne savez pas tout mon jeune ami ! », me déclara un jour Abbott Clearwater, sur un ton où je croyais déceler, peut-être me trompais-je, une sourde terreur.

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commentaires ( 8 ) (Ajouter un commentaire)
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le lundi 18 juin 2012, à 17:08
Un pas de plus vers cette autant mystérieuse qu'horrifique histoire qui se dessine et va se dérouler sous vos yeux, les amis. Là encore des lieux, des noms sont authentiques. D'autres, pas.
Message perso : Loïc, si tu commentes, tu mets sur le site ce qui peut être intéressant pour la communauté. Le reste sur mon adresse mail.
Amitiés à tous et à toutes. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

larose le lundi 18 juin 2012, à 17:29
Bonjour Philip!!!
Horreur, malheur, elle a toute ses poils dehors!!! LOL
Comment peux-tu nous tourmenter avec des histoires pareil, pour la prochaine fois ce sera peut-être le massacre à la tronçonneuse??? Merci pour ce beau partage
Bonne journée
Biz

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le lundi 18 juin 2012, à 18:07
Pour ROSE :
Non chère Rose, ça ne finira pas dans un bain sanglant. Rien de gore. Mais ça sera pire que ça : tout dans la suggestion. A te faire sursauter et ne plus dormir de la nuit au moindre craquement de ta tuyauterie. Selon la tradition, tu me remercies pour mon "BEAU partage". Partage oui. "Beau", je ne sais pas, quand tu verras dans quel état de délabrement mental risquent de sombrer mes personnages. Euh, au fait, moi ça va ! A la différence de Lovecraft qui était un peu fêlé et vivait quasiment en reclus ( à la ville comme à la scène, quoi !), j'écris mes horrifiques histoires du moment en sirotant un smoothie, et en m'écoutant Debussy ou Nirvana (oui, je sais, il y a un groupe de trash-métal qui s'appelle "Morbid Angels" que je pourrais écouter en écrivant, mais non).
Je vais peut-être faire une courte pause dans mon histoire pour revenir à de la poésie "normale" (ben....on a bien un président "normal").
Gros bisous. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

didou le lundi 18 juin 2012, à 20:04
---bonsoir philip le conte des mille et une nuit revisité par ta plume , les nuits ou les sorciète agitent dans leur chaudrons la potion mystérieuse d'une nuit horrible ou pas ...
au plaisir de te lire
amitié didou -
http://www.mespoemes.net/didou

Loïc le jeudi 21 juin 2012, à 01:13
OK : rien à dire, ou plutôt tout à louer, sur la subtilité de l'insertion d'éléments subliminalement dérangeants, sur lesquels tu ne t'attardes pas comme si c'était anodin (et L faisait exactement la même chose, donc bien vu).

Mais là, l'intro à l'imparfait/PQParfait commence à être très longue. Sûr, il faut établir les circonstances, mais ça fait maintenant beaucoup de circonstances. A vérifier : je ne crois pas qu'une seule histoire de L ait une intro de 3 pages (et je n'ai pas lu la 4 encore). Il faut vite entrer dans le vif du sujet avec des événements dépassant l'intro. Peut-être que c'est lancé dans les dernières lignes, je verrai à la partie 4.

Ne te méprends pas, chaque page que tu écris est un modèle de ressemblance avec ce qu'a écrit L ; je m'inquiète juste pour l'apparence globale de l'histoire. Est-ce que tu as essayé de tout coller en un seul document sur ton ordi et de lire l'ensemble depuis le début ? Ça devrait te montrer qu'il est temps de passer à l'action ; et si tu sais la reproduire aussi fidèlement que les intros de L, je veux voir ça... maintenant !!!

Autre chose, et vraiment un truc qui n'engage que moi : le narrateur qui rencontre Abbott, ce n'est pas un fait divers. J'aurais été en faveur d'une description de l'arrivée du narrateur, de sa gêne grandissante face à la maison ou au jardin d'Abbott, et j'aurais décrit ses impressions face au personnage lui-même (allez, parler de son physique subtilement dégénéré, c'est un cliché cadeau !).

Je passe à la 4 !

oliverjane1950 le mardi 18 septembre 2012, à 21:56
Ce n’est pas dans ce feuilleton que le dénouement sera connu. L’histoire avance doucement. Tu mets le lecteur en haleine qui reste sur sa faim ! Pas mal pas mal…Philip. Bientôt, ce ne sera plus un animal qui sera coupé en quatre…
Amitiés. Oliver

armandstas18 le mercredi 18 septembre 2013, à 16:39
----
http://www.mespoemes.net/armandstas18 je lis progressivement ta nouvelle, comme promis; amitiés, armand

cerise le vendredi 20 juin 2014, à 17:42
Coucou ... j'ai lu ! Je me rends directement au 4è post...
http://www.mespoemes.net/cerise

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