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LES MIGRANTS
Dans la plaine de Champagne Pouilleuse, balayée de vent Couchant le mât de cocagne Où pendent mes rêves d'enfant C'était juste après la guerre, Sont arrivés ces étrangers Combler les tranchées de la der Une main d'oeuvre bon marché.
Fransceco, Gino, les ritals
Venus travailler dans les champs,
Orphelins du pays natal,
Joyeux, j'entends encor leurs chants;
L'oeil sombre et le coeur jaloux
Surveillant leurs femmes, filles,
Au boulot en mettaient un coup
Pour nourrir toute la famille.
Thadé et Stanis, les polaks,
Levés tôt, dès le petit jour,
Migrants avec leurs maigres sacs
Bourrés de travail et d'amour,
Ils ont découvert le calva
Et chaque fin de semaine:
C'était branle bas de vodka,
La fête devenait reine.
Jésus, Antonio, les porthos,
D'Artagnans lusituaniens
parachutés avec leurs gosses
Dans cette ferme du moulin
Avec leurs valises en carton,
Ont retapé leur logement,
Au fond de l'âme sont tous maçon
Amoureux des beaux bâtiments.
Leur intégration s'est faite
Au seul bistrot du village,
A l'étable par la traite,
Au lavoir en papotages,
Sur le chemin de l'école,
Aux jeux communs à la récrée,
En dansant la farandole,
Main dans la main les soirs d'été.
Leurs enfants se sont mariés,
Ils font maintenant la France,
Heureux de vivre en liberté,
Gardant au coeur les souffrances
D'une enfance déracinée
Mais aussi l'hospitalité
de ces forçats enracinés
Aux glèbes solidarité.
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