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En cette nuit de survivance
où s'endorment les derniers froids,
l'heure se drape avec lenteur.
-O l'engourdissement du moi !-
Comme le ciel frileux qui traîne
dessus le pignon des maisons
quand le vent maigre se déchaîne
aux os de la morte-saison.
La neige a ouaté toute absence,
épousé l'ombre, alangui l'heure.
Quelle est la peine qui se penche
sur l'âtre vide du bonheur ?
Passe un regret, un souffle à peine,
comme un écho du temps perdu.
Un sanglot -les nuits en sont pleines
et s'écarlate ma blessure.
Mais le sang, giclant sur la pierre,
troue de couleur la nuit meurtrie.
Ainsi l'horizon qui s'enflamme
aux soirs passionnés des défis.
Et voici que l'Amour se lève,
et voici que tu m'apparais,
radieuse et nue en ton aurore
dans la fontaine de mes yeux.
Nichent dans mes mains maladroites
les oiseaux de cendre d'hier,
tandis qu'une aube neuve éclate
à la tempe grise du ciel.
Quel est donc ce soupir qui monte ?
On dirait une âme exilée
réveillant la parole enclose
en ma demeure ensommeillée.
Passe la mort du froid extrême,
l'hiver tire vers son déclin.
et les troncs tordus et bohèmes
n'auront pas résisté en vain.
Nuit d'ombre pleine de silences
laisse tes rêves s'assoupîr.
Le jour dessine à contre-hanches
le linceul de nos souvenirs.
La nuit vacllle et va s'éteindre
au temple des regrets passés
et la lente usure des choses
nous pousse dans l'éternité.
Derniers soubresauts d'un vieux rêve :
"C'était au temps du temps perdu..."
Le bonheur n'est qu'un pieux mensonge
qu'un oiseau griffonne d'azur.
Mais déjà le jour qui se lève
a balayé nos souvenirs.
L'esprit s'éveille et s'interroge:
"L'avenir, c'est pour aujourd'hui ?!
Je t'aime et rien n'est impossible.
Au diable les craintes d'hier !
Le bonheur est un oiseau neuf
qui compte sur nous pour grandir."
Extrait de "petits écrits de NUIT"
tome "Les nuits d'hiver"
Rennes 1991/92
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