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Deux jeunes gens sont en scène. Ils parlent des vieux marins assis près du port
As-tu vu ces coups d'oeil?.. Comme ils jaugent la mer!
Elle est leur grand amour. C'est pour elle cet air
De conquérants songeurs.
- C'est vrai qu'ils impressionnent.
- Ils ne le cherchent pas. Ils sont ainsi. Personne
Ne méritent mieux qu'eux le nom d'aventuriers
Qu'ils soient de la Royale ou d'anciens cap-horniers.
-On sent peser sur eux le poids des quotidiens.
-Eux ,? !... Ils vivent leur temps comme des Stoïciens
Sans verser dans l'alarme ou dans le vaudeville.
-Ils sont pauvres bien sûr ?..
-Et surtout pas serviles !
-Leurs mains !.. Leurs pauvres mains de misère et de drame !
- Mais leurs yeux de seigneurs auraient séduit nos femmes.
- Elles ne risquent plus rien. Ils ne se leurrent plus.
-Ils séduisent toujours
.
-Je m'en suis aperçu.
-Mais c'est vrai qu'ils sont sains.
-Ils sont beaux. Ils sont hommes.
Ils restent des valeurs aux bourgeois que nous sommes.
Non ! Nul ne dit mieux qu'eux le poids de peine en vrac
Qui les pousse à partir à l'assaut des ressacs.
-Ils pêchent la sardine où je vais à l'étoile.
-Ils vont où les filets alourdissent les voiles.
-Et se courbent les dos sous la charge des ans.
-Il en faut des labours au grand chalut du temps.
-Pourtant il faudra bien qu'à leur tour ils s'arrêtent.
Un jour ils n'auront plus la force ni la tête
Pour continuer sans cesse à batailler en vain,
Même pour prolonger leurs rêves enfantins.
-Leurs rêves?... ! Enfantins?...! Oh ! c'est surtout leur âme.
Ecoute-les chanter. La joie est au programme.
Ils s'en vont chaque jour jusqu'à Valparaiso
Retrouver les copains qu'ils ont laissés trop tôt
.
-Et leurs enfants sans doute ?...
-Enfants, femmes, chimères !....
Ils sont seuls maintenant. Quand ils vident leurs verres
C'est pour noyer hélas ! leurs terribles secrets,
Leurs enfants inconnus, ceux qui les ont quittés.
A suivre
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