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-S'ils gueulent, c'est surtout pour chasser leur détresse,
L'horrible solitude et la dure vieillesse.
- Leurs voix, quand il le faut, sont tonnerres de Brest.
-Ou bien d'ailleurs.
- Qu'importe ! Ils iront jusqu'à l'Ouest,
Sans faiblir, au Ponant de l'Ultime Misère,
Auprès du Grand Pacha poser leur sac à terre.
-En attendant ce jour, à la marée ils vont
-Narguer de près la mort, comme ils iraient au front.
Surtout ne pas rester comme ils disent : "En rade",
Mettre bas la cambuse et sentir, vieux, malades,
La Misère happer, peu à peu, leurs gréements
Et les mettre au mouroir pour terminer leur temps
Non ! ils sauront partir, debout, à pleines voiles
Et sombrer face au large et seuls sous les étoiles.
Jamais, ils ne seront ces mortels résignés
A de petits desseins, des destins étriqués.
Ils ont couru le monde. Ils le refont sans cesse
Et c'est pour çà qu'ils ont l'éternelle jeunesse.
-Va, je suis convaincu. Ton plaidoyer touchant
Me fait l'admirateur de ces adolescents.
Oui ! Ces adolescents dont parlait André Gide
Qui gardent à jamais leur volonté candide
De refaire le monde en leur rêve immortel.
-L'immortelle jeunesse !
-En son besoin réel
De mener droit sa barque aux tempêtes de vie.
- Ils commencent, ma foi, presqu'à me faire envie,
Tes vieux marins bretons, tes forbans retraités.
Viens-t-en, Mille Sabords ! Allons les accoster !
Fin de l'acte
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