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La lune vaut mieux pour cueillir le rêve.
-L'herbe est souvent bleue autour de minuit-.
Le marais s'éveille au jour qui s'enfuit.
L'amour est plus fort quand l'heure est trop brève.
L'air est en attente et l'ombre indécise
Laisse aller le songe aux brumes d'été.
Il flotte ce soir un philtre léger
Tel un souvenir aux portes d'Amphryse.
La moire de l'onde est noire et se mire
A la clarté blonde et faible du ciel.
L'instant est sublime et confidentiel,
Semble s'apprêter peut-être à sourire.
Le duvet des joncs lentement ondule.
Quel est ce ballet dans l'air alangui ?
Ce duo bleuté qui danse et s'unit ?
Vol-nuptial, éclairs-libellules.
Et moi qui soupire en attendant celle
Qui viendra bercer mon coeur douloureux...
Je pense à l'absence et aux amoureux
Qui ne sauront pas comme l'heure est belle.
Si la lune luit dessus la lagune,
La ville là-bas montre tous ses feux.
Le danger, sournois et marécageux,
N'est rien à côté des yeux de la brune
Qui m'a fendu l'âme et brisé la vie.
Comment expliquer cette trahison ?
Je souffre je crois à perdre raison,
En pouvoir prétendre à la vespérie.
Moi qui prévoyais comme un architecte
Le futur qu'Amour laissait entrevoir,
Je donnerais bien mon triste savoir
Pour séduire ainsi que le fait l'insecte.
Mais le vent se lève et la nuit frissonne.
L'aile d'un hibou soudain traversait
Le miroir de moire où l'amour dansait.
La mort, c'est connu, n'épargne personne.
La joie et la peur s'enlacent sans trêve.
La ville, là-bas, éteint tous ses feux.
L'amour trop souvent est marécageux.
Il vaut mieux la nuit pour cueillir le rêve.
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