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A Maître Loïc :
Vous m’avez demandé d’écrire quelques vers
Pour réparer l’erreur qu’hier, j’avais commise ;
Je me suis isolé, tel un frère convers,
Afin de rédiger l’épigramme promise.
Cent vers, avez-vous dit, cela fait dix dizains,
Mais cette forme est fort désagréable à lire,
J’ai sans retour opté pour ces vingt-cinq quatrains
Qui font qu’ainsi le compte… est bon, si j’ose dire ?
Cent vers, pas un de moins, tous en alexandrins,
Car, à ce que l’on dit, c’est le plus joli mètre
Quand il est bien construit, mais quelquefois je crains
De l’avoir malmené, ce qui ne peut s’admettre.
J’ai placé la césure à l’endroit qui convient,
Évité l’hiatus, me suis soumis aux rimes
Et chassé les lapsus. Si mon texte en contient,
En ce cas, j’ai pour vœu qu’ils ne soient que minimes.
S’il vous arrive donc de trouver quelque erreur,
D’avance, accordez-moi toute votre indulgence ;
Vous pourrez me traiter de pauvre rimailleur
Et pendre, s’il le faut, mon texte à la potence.
M’étant pris à ce jeu, je dépassai très vite
La centaine de vers que prévoyait le pacte,
Et je fis du… théâtre… où, tous, je vous invite
A venir aujourd’hui suivre le premier acte
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Acte I
Scène 1.
(Le rideau s’ouvre sur un décor d’auberge plongé dans la pénombre ;
quelques tables, quelques chaises,
seul face au public, le narrateur, éclairé par un projecteur.)
Approchez, mes amis, je vais vous raconter
L’aventure advenue au cours de mon voyage.
La chose est d’importance, et cela sans compter
Qu’elle aurait pu, pardi, me causer grand dommage.
J’étais parti très tôt, étant fort matinal,
J’allais au petit trot, ménageant Rossinante
Qui, malgré son grand âge, est un brave cheval
Mais n’a plus, de jadis, l’allure frétillante.
Nous cheminions ainsi, tout allant de l’avant,
Sous un soleil de plomb. J’avalais la poussière
Qui me donnait grand soif ; pas un souffle de vent,
Et cette selle, en plus, me brûlait le derrière.
Accueillante et coquette, au détour du chemin
Nous apparut soudain, par miracle, une auberge.
Nous y fûmes rendus juste en un tournemain,
J’en remerciai cent fois Jésus, la sainte Vierge.
La chère y semblait bonne et le logis propret,
Il montait bon fumet de la rôtisserie
Et j’y fis grand honneur quand le repas fut prêt ;
Ma Rossinante eut foin et paille en l’écurie.
Je pris quelques chapons arrosés d’un bon vin,
Servis par la patronne, une femme avenante,
Et son charme agissant, tout me parut divin ;
Après un tel festin, la nuit fut reposante.
Je fus éveillé tôt, à la pointe du jour,
J’entendis tout à coup le bruit de la querelle
De deux jeunes cadets s’affrontant dans la cour,
Prêts à s’entretuer pour une bagatelle.
Le plus petit des deux, au port fort élégant,
De son regard hautain, toisait son adversaire
Et s’adressait à lui sur un ton arrogant,
L’invitant à régler sur le pré leur affaire.
L’autre était un géant dont le torse imposant
Lui procurait l’aspect d’un véritable Hercule,
D’un taureau de combat, courageux et puissant,
Qui, quand il est lancé, plus jamais ne recule.
Ils avaient le même âge, un peu moins de vingt ans ;
Autour d’eux les badauds faisaient un grand vacarme
Pressentant un duel entre eux avant longtemps.
Sitôt, je descendis, mais n’emportai point d’arme
Arrivé dans la cour, j’appris des spectateurs
Qu’ils avaient eu des mots à propos d’une actrice ;
Voilà donc la raison qui fait que nos bretteurs
Se dressaient maintenant comme des coqs en lice.
Me tournant vers le grand, je lui dis, « Mon ami,
L’affront est-il donc grave au point de vous occire ?
Sachez que par l’épée on se venge à demi
Puisqu’un seul des deux meurt ! N’est-il pas vrai Messire » ?
Puis m’adressant à l’autre - ayant l’esprit plus fin :
« Il faut être indulgent si la faute est minime
Et savoir pardonner, demeurer sur sa faim,
Car on est bien plus noble en étant magnanime. »
« Pardieu, Messieurs, voyons ! Pour vous réconcilier
Allons goûter ensemble un vin que l’aubergiste
Cache, à ce qu’il paraît, au fond de son cellier.
Muscadet vaut bien mieux que médecin légiste ! »
« Venez, je vous invite. Auriez-vous donc le cœur
De refuser de boire un aussi bon breuvage ?
Par le diable, allons voir qui sera le vainqueur ;
Face à quelques flacons, montrez votre courage ! »
Ne pouvant résister à de tels arguments
Chacun mit promptement au fourreau sa flamberge ;
Bras dessus, bras dessous, chassant leurs différends,
Ils vinrent aussitôt me rejoindre à l’auberge.
Scène 2.
(La scène s’éclaire complètement et deux jeunes gens entrent,l’un fort grand et bien bâti, l’autre un peu plus petit et très élégant)
Venez boire, Messieurs, dans cet humble bouchon,
Il nous faut, entre amis, n’être point économes.
Avant tout, voulez-vous me bailler votre nom ?
Cela se fait, ma foi, puisque entre gentilshommes.
Le grand, saluant profondément le public :
Isaac de Portau du Vallon de Bracieux,
Baron de Pierrefonds. J’arrive de Gascogne,
J’aime la bonne chère autant que le vin vieux
Quand il est bien tiré… mais ne suis point ivrogne !
Le petit, saluant plus élégamment :
J’ai le nom de mon père : Hercule Savinien,
Je viens de Bergerac, un petit coin de terre
Non loin de Saint Forget : je suis donc Parisien.
Le narrateur, saluant à son tour :
Pour vous servir, Messieurs : Henri de Lagardère.
Le rideau tombe(à suivre... peut-être) 
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